Une courte présentation des neuf véhicules

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Alak Zenkar Rinpoche

Guru Padmasambhava

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Une courte présentation des neuf véhicules

par Alak Zenkar Rinpoché Thoubten Nyima

Notre maître, le quatrième guide de cet âge bienheureux, l'incomparable seigneur des sages, Śākyamuni, a donné un nombre infini d'enseignements pour que les disciples puissent s'engager sur le Dharma des véhicules, celui de la cause et celui du résultat, en fonction de leurs caractères, facultés spirituelles et attitudes. Ils peuvent cependant tous être inclus au sein des trois véhicules et ceux-ci, à leur tour, peuvent être divisés en neuf étapes consécutives.

Comme le dit le Sūtra général[1] :

Le véhicule ultime et définitif,
Apparaît assurément au nombre de trois :
Le véhicule qui fait sortir de l’origine de la souffrance,
Celui de l'ascétisme semblable aux Veda,
Et celui des puissantes méthodes de transformation.

Et le Tantra de la confession immaculée dit :

Les samaya des neuf véhicules consécutifs –
Les trois véhicules correspondant aux trois piṭaka des caractéristiques,
Les trois yoga extérieurs, le kriyā et les autres, correspondant aux tantra de l'ascétisme,
Et les trois yogas intérieurs correspondant aux tantra des moyens habiles.

La classification en « neuf véhicules consécutifs », que l'on trouve dans la tradition nyingma de l'Ancienne traduction, consiste donc en :

  • trois véhicules extérieurs qui font sortir de l'origine [de la souffrance], correspondant aux trois piṭaka des caractéristiques,
  • trois véhicules extérieurs de l'ascétisme semblable aux Veda[2], ceux des trois classes extérieures des tantra, et
  • trois véhicules secrets des méthodes puissantes et transformatrices, ceux des trois classes intérieures des tantra.

Donnons quelques précisions sur leur signification, en commençant par voir ce que signifie le terme « véhicule » ou yāna. Le Sūtra condensé[3] dit :

Ce véhicule est le souverain des véhicules pour parvenir
Au vaste palais semblable au ciel du bonheur et de la félicité.
En l'empruntant, tous les êtres parviendront au nirvāṇa.

Ceci fait référence au sens littéral du terme sanskrit yāna, un véhicule ou moyen de transport, puisqu'il nous conduit le long des voies et des bhūmi, et nous procure des qualités éveillées qui se développent progressivement.

I. Les trois véhicules extérieurs qui nous font sortir de l'origine [de la souffrance]

Les trois véhicules causaux des caractéristiques sont : le véhicule des śrāvaka, le véhicule de pratyekabuddha et le véhicule des bodhisattva.

Pourquoi les appelle-t-on les « véhicules qui font sortir de l'origine [de la souffrance] » ? C'est parce qu'ils nous guident sur la voie qui mène au résultat, la libération du saṃsāra, par l'abandon de toutes les actions et kleśa qui sont la cause ou « l'origine » [de la souffrance].

1. Le véhicule des śrāvaka

Généralement ; le mot sanskrit « śrāvaka » a à la fois le sens d'écouter et d'entendre, c'est pourquoi [la traduction littérale du tibétain nyenthö est] « auditeur ». Le terme peut aussi avoir comme signification « écouter et proclamer », en ce sens que les śrāvaka s'appuient sur des maîtres, et proclament ensuite à autrui tous les mots que leurs maîtres ont prononcés.

Je vais maintenant expliquer le point d'entrée initial, la vue, la méditation, la conduite et les résultats du véhicule des śrāvaka.

i. Le point d'entrée

Les śrāvaka sont motivés par un sentiment de renoncement, le souhait d'échapper à tous les mondes du saṃsāra par eux-mêmes. Avec cette motivation, ils prennent l'une des sept séries de vœux de la pratimokṣa, ceux d'un pratiquant ou d'une pratiquante laïque, de moine ou nonne novice, le vœu préliminaire d'une nonne avant la pleine ordination, et le vœu de pleine ordination d'un moine ou d'une nonne. Ayant pris ces vœux, ils pratiquent la restriction morale, gardent leurs vœux intacts, réparent les fautes commises, etc...

ii. La vue

Leur chemin a pour base la vue qu'ils déterminent en se focalisant sur tous les phénomènes inclus dans les cinq agrégats, et en réalisant qu'ils sont dépourvus de tout soi personnel. Ils ne comprennent pas que tous les phénomènes, qu'ils soient matériels ou mentaux, sont dénués de réalité véritable. Et en affirmant qu'il existe véritablement une particule insécable dans les objets perçus et un moment de conscience indivisible, ils ne réalisent pas l'absence d'identité de soi des phénomènes.

iii. La méditation

En termes de chemin, ils pratiquent à la fois śamatha et vipaśyanā. Ils réalisent l'état de śamatha en abandonnant les obstacles et en développant les facteurs propices au samādhi, selon les neuf étapes du repos de l'esprit. Ils donnent naissance à la sagesse de vipaśyanā en méditant sur les seize aspects des quatre nobles vérités.

iv. La conduite

Ils maintiennent les douze pratiques ascétiques[4] et évitent les deux modes de vie extrêmes – le goût immodéré des plaisirs sensoriels[5] et l'auto-punition excessive.

v. Les résultats

Ils obtiennent l'un des huit niveaux de fruit, en fonction de leur degré d'abandon des kleśa des trois mondes. Il y a huit niveaux parce que les quatre résultats de l'entrée dans le courant, du retour unique, du non-retour et de l'arhat, ont chacun deux niveaux, appelés « émergent » et « établi ».

2. Le véhicule des pratyekabuddha

Les pratyekabuddha, ou « éveillés par eux-mêmes » sont ainsi nommés parce que leur sagesse est plus profonde que celle des śrāvaka et de ce fait, ils manifestent leur Éveil personnel grâce au pouvoir de leur propre sagesse, sans avoir à s'appuyer sur d'autres maîtres.

Donnons quelques détails en présentant leur point d'entrée initial, leur vue, méditation et comportement :

i. Le point d'entrée

Pareillement au point d'entrée du véhicule des śrāvaka, les pratyekabuddha prennent l'une ou l'autre des sept séries de vœux de la pratimokṣa, et les gardent intacts.

ii. La vue

Lorsqu'il s'agit de la base de leur chemin, la façon de déterminer la vue, ils réalisent complètement l'absence d'un soi personnel, mais réalisent seulement la moitié de l'absence d'identité des phénomènes. En effet, bien qu'ils réalisent que les particules insécables des objets perçus ne soient pas réelles, ils croient néanmoins en l'existence véritable des moments indivisibles de conscience.

iii. La méditation

En ce qui concerne leur chemin et leur pratique de la méditation, l'approche spécifique des pratyekabuddha est de méditer sur la façon dont les douze maillons de l'origine interdépendante se manifestent en ordre progressif, et comment ils cessent quand l'ordre est inversé.

iv. La conduite

Comme les śrāvaka, ils observent les douze règles de la pratique ascétique.

v. Les résultats

Comme fruit, ceux qui ont des facultés plus aiguisées parviennent au niveau d'un pratyekabuddha arhat semblable au rhinocéros, et ceux dont les facultés sont moindres, deviennent des pratyekabuddha arhat semblables aux perroquets[6].

En outre, leur existence finale est le résultat de trois prières d'aspiration spécifiques. Ils prient que leur dernière existence se passe dans un monde où il n'y a ni bouddha ni śrāvaka, qu'ils puissent parvenir à l'Éveil par eux-mêmes, sans s'appuyer sur un maître, et qu'ils puissent enseigner le Dharma silencieusement, au moyen de gestes.

3. Le véhicule des bodhisattva

Le véhicule des bodhisattva est la partie du mahāyāna qui relève du véhicule des caractéristiques. On le nomme véhicule des bodhisattva, car une fois que l'on s'y engage, il a le pouvoir de mener au grand Éveil et cela pour plusieurs raisons : son domaine d'expérience est vaste, au regard de son grand nombre de méthodes habiles et de sa profonde sagesse ; parce qu'il est bénéfique et apporte des bienfaits, à court terme dans les mondes supérieurs et que finalement il mène au stade du bonheur définitif ; enfin parce qu'il mène à des qualités de plus en plus grandes au fur et à mesure que l'on progresse sur les voies et les étapes. On l'appelle véhicule des caractéristiques, parce qu'il possède toutes les caractéristiques d'un chemin qui est à même de conduire au fruit ultime, le niveau de l'état de bouddha.

Je vais maintenant donner un bref aperçu de son point d'entrée initial, de sa vue, de sa méditation, de son comportement et de ses résultats.

i. Le point d'entrée

La base de la pratique des bodhisattva est leur souhait de faire le bien d'autrui. Ils sont motivés par la bodhicitta, qui se concentre sur tous les êtres et est caractérisée par le souhait de tous les établir dans l'état d'un Bouddha parfait, libre des causes et des effets de la souffrance et doté de l'ensemble des causes et des effets du bonheur. Avec cette motivation, ils prennent les vœux de bodhisattva d'aspiration et de mise en œuvre de façon formelle, par un rituel inspiré soit de la tradition de la Vue profonde, soit de celle de la Vaste conduite. Ils observent ensuite les mesures de discipline concernant ce qui est à adopter et ce qui doit être abandonné, et réparent et purifient toute infraction.

ii. La vue

En ce qui concerne la base de leur chemin, leur façon de déterminer la vue : si l'on parle en termes de principes philosophiques, l'approche de l'Esprit seul est d'affirmer que les objets extérieurs ne sont pas réels et que les phénomènes sont uniquement des manifestations intérieures de l'esprit ; ils soutiennent que la conscience réflexive, se connaissant elle-même et dénuée de perception dualiste, est véritablement réelle. L'approche de la Voie médiane est de réaliser que même si tous les phénomènes apparaissent à la manière d'une production interdépendante, en réalité ils sont vacuité et transcendent les huit extrêmes des élaborations conceptuelles[7]. Par ces approches, sur la base de l'explication des deux niveaux de réalité, ils réalisent complètement l'absence de tout soi personnel et d'identité phénoménale.

iii. La méditation

En ce qui concerne leur chemin et leur façon de pratiquer la méditation, les bodhisattva réalisent l'indivisibilité des deux niveaux de réalité et s'entraînent à s'y familiariser. Et sur la base de la méditation du yoga qui unit śamatha et vipaśyanā, ils méditent successivement sur les trente-sept facteurs de l'Éveil tout en étant sur la voie de l'entraînement.

iv. La conduite

Ils pratiquent les six perfections pour leur propre bien et les quatre modes d'attraction pour le bien d'autrui.

v. Les résultats

Ils parviennent à l'état de bouddha, qui est l'accomplissement ultime en termes d'abandon et de réalisation : cela signifie qu'ils abandonnent tout ce qui est à éliminer, les deux obscurcissements y compris les traces habituelles, et qu'ils réalisent tout ce qui est à réaliser, ce qui comprend la connaissance de tout ce qui existe dans sa diversité et sa nature fondamentale. Ils accomplissent les deux aspects du dharmakāya pour leur propre bien et les deux aspects du rūpakāya pour le bien d'autrui.

II. Les trois véhicules intérieurs de l'ascétisme semblable au Véda

Ce sont les trois classes extérieures de tantra : le véhicule du kriyātantra, le véhicule du caryātantra et le véhicule du yogatantra.

Vous pourriez vous demander pourquoi on les appelle « véhicules de l'ascétisme semblable au Véda ». C'est parce que les trois classes extérieures de tantra mettent l'accent sur des aspects de comportement ascétiques, tels que la purification rituelle et la propreté, et à cet égard, ils sont similaires à la tradition védique des brahmanes.

4. Le véhicule du kriyātantra

Les kriyātantra, ou tantra de l'action, sont ainsi nommés parce qu'ils portent principalement sur la conduite extérieure, les pratiques de purification rituelle, la propreté et ainsi de suite.

Le point d'entrée, la vue, la méditation, la conduite et les résultats de ce véhicule sont les suivants :

i. Le point d'entrée

Le point d'entrée initial du chemin du vajrayāna des mantras secrets est la transmission de pouvoir qui mûrit. Ici, on reçoit la transmission de l'eau, qui établit le potentiel de la maturation en dharmakāya, et la transmission de pouvoir de la couronne, qui établit le potentiel de la maturation en rūpakāya. On maintient ensuite les samaya généraux du kriyāyoga, tels qu'ils sont expliqués dans les textes qui le concernent.

ii. La vue

En termes de détermination de la vue, la base du chemin, on réalise que la base de purification, la nature de l'esprit, est la sagesse de la clarté vide et qu'elle est au-delà de tous les extrêmes de l'élaboration, tels qu'exister, ne pas exister, apparaître ou être vide. On considère ensuite que les aspects relatifs de l'apparence , qui sont à purifier, sont les caractéristiques de la déité parfaitement pure.

iii. La méditation

Quant au chemin et à la façon de pratiquer la méditation, ils se concentrent sur les quatre réalités : 1) notre propre réalité ; 2) la réalité de la déité, qui est pratiquée au moyen des six aspects de la déité[8], en se visualisant sous la forme [de l'être de] samaya et en invoquant ensuite l'être de sagesse dans l'espace devant nous, tout en nous considérant comme un serviteur et la déité comme notre maître ; on se focalise ensuite sur 3) la réalité de la récitation du mantra qui est le son, ainsi que sur l'esprit et la base, et l'on médite sur 4) la réalité de la concentration, qui consiste à demeurer dans la « flamme », la continuation du son et l'apogée du son.

iv. La conduite

On effectue les trois sortes de purification rituelle[9], on change les trois sortes de vêtements[10], on adopte le régime des trois nourritures blanches[11] et l'on pratique le jeûne rituel et la récitation du mantra.

v. Les résultats

À court terme, on devient un vidyādhara du monde du désir, et ultimement, on parvient à l'Éveil comme Vajradhāra de l'une des trois familles de bouddha : celui de la famille du corps éveillé, Vairocana, ; celui de la famille de la parole éveillée, Amitābha ; ou celui de la famille de l'esprit éveillé, Akṣobhya.

5. Le véhicule du Caryātantra

Le véhicule du caryā ou tantra de « la conduite » est ainsi nommé parce qu’il met un accent égal sur les actions extérieures du corps et de la parole, et sur le développement intérieur du samādhi. On l'appelle aussi le « tantra commun aux deux yogas » (ubhayatantra), parce que sa vue s'aligne sur celle du yogatantra, tandis que son comportement est similaire à celui de kriyā.

Je vais maintenant dire quelques mots sur son point d'entrée, sa vue, sa méditation, sa conduite et ses résultats.

i. Le point d'entrée

On mûrit grâce aux cinq transmissions de pouvoir, qui incluent celles du vajra, de la cloche, et du nom, en plus des transmissions de pouvoir de l'eau et de la couronne. On maintient ensuite les samaya propres au caryātantra, tels que les textes les décrivent.

ii. La vue

La vue étant déterminée de la même façon que dans le yogatantra, elle sera expliquée ci-après.

iii. La méditation

L’on se visualise comme l'être de samaya et l'on visualise la déité de sagesse, que l'on considère comme un ami, devant soi. On pratique ensuite les méditations conceptuelles sur la syllabe, le mudrā et la forme de la déité, ainsi que la méditation non conceptuelle sur la bodhicitta absolue par l'entrée, la station et la manifestation[12].

iv. La conduite

La conduite ici est identique à celle du kriyātantra.

v. Les résultats

À court terme, on parvient aux accomplissements communs et ultimement, on arrive au niveau d'un vajradhāra des quatre familles de bouddha, c'est-à-dire les trois familles mentionnées ci-dessus, plus celle de ratna.

6. Le véhicule du yogatantra

Le véhicule du yogatantra est ainsi nommé parce qu'il met l'accent sur la méditation yogique sur la réalité, en associant moyens habiles et sagesse.

Son point d'entrée, sa vue, sa méditation, son comportement et ses résultats sont les suivants :

i. Le point d'entrée

Ayant été mûri par les onze transmissions de pouvoir – les cinq transmissions de pouvoir des disciples (eau, couronne, vajra, cloche et nom) et les six transmissions de pouvoir du maître (la transmission de pouvoir d’irréversibilité, la transmission de pouvoir de voir la réalité secrète, l'autorisation, la prophétie, la confirmation et l'encouragement par la louange) – l’on observe les samaya tels que les textes correspondants les décrivent.

ii. La vue

La base, la façon dont on établit la vue, est la suivante. Ultimement, on réalise que tous les phénomènes sont claire lumière, au-delà de toute élaboration. Grâce à cette bénédiction, le relatif est perçu comme étant les déités du vajradhātu.

iii. La méditation

On médite sur le yoga des moyens habiles, en se visualisant sous la forme de la déité au moyen des cinq aspects de l'éveil et des quatre miracles[13] ; l’on convie l’être de sagesse à se dissoudre en nous en scellant cette action avec les quatre mudras, etc. L’on pratique également le yoga de la sagesse, où l'on reste en un état dans lequel la sagesse ultime et non conceptuelle est inséparable de l'apparence relative de la déité du vajradhātu.

iv. La conduite

On pratique la purification rituelle et la propreté simplement en tant que soutien.

v. Les résultats

En tant qu'accomplissement mondain, on devient un vidyādhara céleste, et en tant qu'accomplissement supra-mondain, on parvient à l'Éveil dans Ghanavyūha, en appartenant à l'une des cinq familles de bouddha (en plus des quatre familles mentionnées précédemment, il y a aussi la famille de bouddha d'Amoghasiddhi, celle de l'activité éveillée).

Ill. Les trois véhicules secrets des méthodes puissantes et transformatrices

Ce sont les trois classes intérieures de tantra : le véhicule du mahāyoga, le véhicule de l'anuyoga et le véhicule de l'atiyoga.

Vous pourriez vous demander pourquoi on les nomme « véhicules des méthodes puissantes et transformatrices ». C'est parce qu'ils incluent des méthodes puissantes qui visent à transformer tous les phénomènes en [rendant manifestes] leurs grandes pureté et égalité.

7. Le véhicule du Mahāyoga

Le véhicule du mahāyoga ou « grand yoga » est ainsi nommé parce qu'il est supérieur au yogatantra ordinaire, car on y réalise que tous les phénomènes sont un déploiement magique où l'apparence et la vacuité sont indivisibles.

À nouveau, je vais brièvement décrire son point d'entrée, sa vue, sa méditation, son comportement et ses résultats :

i. Le point d'entrée

Une fois l'esprit mûri en recevant les dix transmissions de pouvoir extérieures bénéfiques, les cinq transmissions de pouvoir habilitantes et les trois transmissions de pouvoir profondes et secrètes, on observe les samaya tels que les textes les décrivent.

ii. La vue

Au moyen d'arguments de logique extraordinaires, on établit puis réalise l'indivisibilité des [deux] niveaux supérieurs de réalité. Dans ce contexte, la cause de l'apparence de la nature essentielle, les sept richesses de l'absolu[14], est spontanément présente au sein de la pure présence éveillée qui transcende les élaborations conceptuelles, et les phénomènes relatifs apparaissent tous comme le maṇḍala des déités des trois sièges[15].

iii. La méditation

En ce qui concerne le chemin et la pratique de la méditation, l'accent est mis principalement sur la phase de développement. Dans le yoga de la phase de développement, on met en place la pratique au moyen des trois samādhi, on s'assure que les trois aspects – la purification, le perfectionnement et le maturation – sont complets au sein de la visualisation, et une fois que la visualisation est construite, on la scelle avec l'instruction sur les quatre points d'arrimage qui assurent la force vitale. Dans la pratique du yoga de la phase de complétion, on active les points vitaux du corps de vajra, ses énergies subtiles, ses essences, sa luminosité et ainsi de suite.

iv. La conduite

La conduite à observer est de trois types : élaboré, non élaboré et extrêmement non élaboré.

v. Les résultats

À court terme, on parvient aux quatre niveaux de vidyādhara, résultats qui relèvent du chemin ; finalement, on obtient le fruit ultime et l'on parvient au niveau du Vajradhāra de l'unité[16].

8. Le véhicule de l'Anuyoga de la transmission des écritures

Le véhicule de l'anuyoga, ou « yoga de la poursuite », est ainsi nommé parce qu'il enseigne principalement le chemin qui recherche (ou « poursuit ») passionnément la sagesse, où l'on réalise que tous les phénomènes sont l'expression créatrice de l'unité indivisible de l'espace absolu et de la sagesse primordiale.

À nouveau, disons quelques mots sur son point d'entrée, sa vue, sa méditation, son comportement et ses résultats :

i. Le point d'entrée

L'esprit est mûri grâce aux trente-six transmissions de pouvoir où les quatre rivières – extérieure, intérieure, accomplissante et secrète – sont au complet, et l'on observe les samaya tels que les textes les décrivent.

ii. La vue

On détermine au moyen du raisonnement logique ce qui est à connaître, le fait que tous les phénomènes ont pour caractéristique d'être, dans leur nature fondamentale, les trois maṇḍala. Et l’on réalise ainsi la réalité-telle-qu’elle-est.

iii. La méditation

La méditation ici est constituée de deux chemins. Sur le chemin de la libération, on pratique le samādhi non conceptuel où l'on reste simplement dans un état qui s'accorde avec l'essence de la réalité, et le samādhi conceptuel de la pratique de la déité, où l'on visualise le maṇḍala du palais, le support, et celui des déités qu'il soutient, simplement en récitant le mantra de [la phase de] développement. Sur le chemin des moyens habiles, on donne naissance à la sagesse de la félicité et de la vacuité au moyen des pratiques des portes supérieures et inférieures.

iv. La conduite

On pratique une conduite qui est au-delà de l'adoption et de l'abandon, en reconnaissant que toutes les perceptions sont uniquement le déploiement de la sagesse de la grande félicité.

v. Les résultats

À l'apogée des cinq yogas non communs qui sont propres à l'anuyoga, qui consistent essentiellement en ses cinq voies[17] et dans les dix étapes[18] inclues dans ces cinq, on parvient au niveau de Samantabhadra.

9. Les véhicules des instructions essentielles, Atiyoga

Le véhicule de l'atiyoga, ou « véhicule ultime », est ainsi nommé parce qu'il est le plus haut de tous les véhicules. Il implique la réalisation que tous les phénomènes ne sont rien d'autre que les apparences de la sagesse primordiale qui s'élève naturellement et qui a toujours été au-delà de l'émergence et de la cessation.

Ce qui suit est une courte explication du point d'entrée, de la vue, méditation, comportement et résultats de ce véhicule.

i. Le point d'entrée

L'esprit est mûri par les quatre transmissions de pouvoir du « pouvoir expressif de la présence éveillée » (rigpé tsal wang) et l'on observe les samaya, comme cela est expliqué dans les textes.

ii. La vue

La vue est définitivement établie par la perception directe de la sagesse qui s'élève naturellement et où les trois kāya sont inséparables : l'essence vide de la présence éveillée nue au-delà de l'esprit ordinaire est le dharmakāya, sa nature connaissante est le saṃbhogakāya, et son énergie de compassion omniprésente est le nirmāṇakāya.

iii. La méditation

La méditation consiste en deux approches : trancher la résistance envers la pureté primordiale (kadak trekchö), grâce à laquelle les paresseux peuvent parvenir à la libération sans effort, et la réalisation directe de la présence spontanée (lhündroup tögal), grâce à laquelle ceux qui sont diligents peuvent parvenir à la libération en déployant des efforts.

iv. La conduite

La conduite est libre d'espoir et de peur, d'adoption et d'abandon, car tout ce qui apparaît se manifeste comme le déploiement de la réalité fondamentale.

v. Les résultats

En parachevant les quatre visions du chemin, on obtient le kāya suprême, le corps d'arc-en-ciel du grand transfert, et l'on parvient au niveau du glorieux Samantabhadra, sur le treizième bhūmi appelé « Sagesse inégalée » (yéshé lama).

| Traduction française sur la base de la traduction anglaise d'Adam Pearcey, 2005, revue en 2016 (avec l'aide de Han Kop).

Une version précédente de cette traduction a été publiée dans Kyabje Zenkar Rinpoche & Pema Lungtok Gyatso Rinpoche, The Nine Gradual Vehicles: Two Complementary Presentations. Brussels: Wisdom Treasury, 2015.


  1. Le Sūtra général qui rassemble toutes les intentions ('dus pa mdo), l’œuvre au centre de l'Anuyoga.  ↩

  2. On trouve parfois une autre traduction : « le véhicule intérieur de l'obtention de la conscience claire au moyen de l'ascèse ». Toutefois, elle ne concorde pas avec l'explication donnée par Zenkar Rinpoché plus loin dans le texte.  ↩

  3. Il s'agit du Sūtra condensé de la Prajñāpāramitā.  ↩

  4. Selon The Nyingma School of Tibetan Buddhism, vol. 2, p. 169: 1) porter des vêtements abandonnés ; 2) avoir seulement trois robes ; 3) porter des vêtements de feutre ou de laine ; 4) mendier sa nourriture ; 5) manger en un seul repas ; 6) restreindre sa quantité de nourriture ; 7) rester isolé ; 8) demeurer sous un arbre ; 9) demeurer dans un lieu non abrité ; 10) méditer dans un charnier; 11) dormir en position assise ; et 12) demeurer où que l'on se trouve.  ↩

  5. Ceci est une traduction assez libre de 'dod pa bsod nyams kyi mtha'  ↩

  6. On les appelle « semblables aux perroquets » parce qu'ils restent en groupe, contrairement aux pratyekabuddha « semblables aux rhinocéros » qui restent seuls.  ↩

  7. Les huit extrêmes des élaborations conceptuelles sont : cesser, émerger, ne pas exister, être permanent, venir, aller, être multiple et être singulier.  ↩

  8. Les aspects de la vacuité, de la syllabe, du son, de la forme, du mudrā et des caractéristiques.  ↩

  9. La purification du corps en le lavant, la purification des chutes et la purification des pensées.  ↩

  10. Changer de vêtements extérieurs signifie mettre des vêtements propres, changer de vêtements intérieurs signifie observer ses vœux, et changer de vêtements secrets signifie visualiser la déité.  ↩

  11. Le yaourt, le lait et le beurre.  ↩

  12. « Entrée » fait référence à la réalisation que tous les phénomènes sont au-delà de l'émergence ; « station » signifie demeurer une fois que l'esprit non conceptuel est devenu évident ; et « manifestation » signifie développer une compassion intense pour tous les êtres qui n'ont pas réalisé ceci.  ↩

  13. C'est-à-dire le samādhi, les bénédictions, la transmission de pouvoir et l'offrande.  ↩

  14. Les corps, parole, esprit, qualités et activité éveillés, plus l'espace absolu et la sagesse primordiale.  ↩

  15. Les agrégats (skandha) et les éléments (dhātu) sont les sièges des bouddhas masculins et féminins ; les facultés sensorielles et leurs objets sont les sièges des bodhisattvas masculins et féminins ; et les membres sont les sièges des êtres de sagesse courroucés masculins et féminins.  ↩

  16. « Unité » ici signifie l'unité du dharmakāya et du rūpakāya.  ↩

  17. 1) Le yoga du guerrier spirituel sur la voie de l'accumulation ; 2) le yoga qui révèle la grande famille éveillée sur la voie de la jonction ; 3) le yoga de la grande confiance sur la voie de la vision ; 4) le yoga où l'on reçoit la prophétie sur la voie de la méditation ; et 5) le yoga où l'on parachève le grand pouvoir créatif sur la voie ultime.  ↩

  18. 1) L'étape de la transformation incertaine ; 2) l'étape de la fondation stable ; 3) l'étape de la purification significative ; 4) l'étape de l'entraînement continu ; 5) l'étape du mérite qui soutient ; 6) l'étape du progrès spécial grâce à la stabilité ; 7) l'étape qui concentre sur le résultat une fois que la voie de la vision s'est manifestée grâce à la claire lumière ; 8) l'étape où l'on demeure ferme ; 9) l'étape de la réalité en expansion ; et 10) l'étape où l'on chevauche la perfection.  ↩

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