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ISSN 2753-4812
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Introduction au Chetsün nyingtik

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Introduction au Chetsün nyingtik

par Adam Pearcey

Le Chetsün nyingtik (lce btsun snying thig), l’Essence du cœur de Chetsün, est un cycle d’instructions du Dzogchen relevant de la catégorie des « souvenirs » (rjes dran) parmi les « sept types de transmissions spéciales[1] » reçues par le grand Jamyang Khyentsé Wangpo (1820–1892). Quand ce dernier avait 24 ans, il a visité le lieu sacré d’Ouyouk dans la province du Tsang, au Tibet central. Sa perception des phénomènes ordinaires s’est résorbée dans une expérience de pure luminosité, et il s’est souvenu clairement de Chetsün Sengué Wangchouk atteignant le corps d’arc-en-ciel à cet endroit précis. Auparavant, Sengué Wangchouk avait, pendant un mois entier, eu une vision de Vimalamitra, qui lui avait conféré la quintessence de ses enseignements, le Vima nyingtik.

À la suite de cette réminiscence, Khyentsé Wangpo (qui était à la fois une émanation de Vimalamitra et de Sengué Wangchouk) a mis par écrit le texte racine du Chetsün nyingtik. Selon Dilgo Khyentsé Rinpoché, parmi les enseignements du Dzogchen révélés par Khyentsé Wangpo, le Chetsün nyingtik représente l’aspect profond, tandis que le Vimé Ladroup (bi ma’i bla sgrub) du cycle de Chimé pakmé nyingtik représente l’aspect vaste[2].

Khyentsé Wangpo a pratiqué les enseignements du Chetsün nyingtik en secret pendant de nombreuses années. Puis, alors qu’il avait 38 ans, la protectrice Ekajaṭī lui a demandé de révéler les enseignements à autrui. Selon la biographie de Jamyang Khyentsé Wangpo par Jamgön Kongtrul Lodrö Tayé (1813–1899), l’initiation du Chetsün nyingtik fut l’une des premières qu’accorda Khyentsé Wangpo. À 40 ans, à Dagam Wangpouk, il conféra trois initiations à un groupe de huit disciples, parmi lesquels se trouvaient le quatorzième Gyalwang Karmapa (Tekchok Dorjé), le dixième Tai Sitoupa (Palpoung Sitou Péma Kunzang Chögyal, qui avait alors six ans) et Jamgön Kongtrul. Les trois initiations correspondaient à trois cycles majeurs parmi ses profondes révélations : Tsokyé nyingtik, une pratique du maître ; Toukjé Chenpo Semnyi Ngalso, une pratique d’Avalokiteśvara ; et l’initiation du Chetsün nyingtik, qui relève de la Grande Perfection.

Jamgön Kongtrul a écrit une série de textes sur la pratique de ce cycle, y compris un commentaire appelé L’essence totalement secrète (thig le gsang rdzogs). On attribue aussi à Tertön Sogyal Lérab Lingpa (1856–1926) un célèbre commentaire sur le Chetsün nyingtik[3], bien qu’il serait peut-être plus exact d’affirmer qu’il en fut simplement le scribe. Selon la biographie de Tertön Sogyal, l’œuvre préserve de façon fidèle et précise les propres paroles de Jamyang Khyentsé. De plus, ce dernier a aussi fourni le titre. Le rôle de Tertön Sogyal fut simplement de « consigner, dans une prose fluide, tout ce qui fut dit au début, au milieu et à la fin[4] ». D’ailleurs, les quelques références à la première personne contenues dans le texte réfèrent à Jamyang Khyentsé.

En outre, Adzom Droukpa (1842–1924) a composé plusieurs textes en lien avec le Chetsün nyingtik, y compris un commentaire sur les pratiques préliminaires. Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö (1893–1959) a écrit une série de notes intitulée Un ornement pour l’intention du guru (bla ma’i dgongs rgyan). Khenchen Tashi Özer (1836–1910) a pour sa part laissé une série de notes basées sur les enseignements qu’il a reçus directement de Jamyang Khyentsé Wangpo. Yukhok Chöying Rangdrol (1872–1952) a quant à lui laissé quelques notes sur le commentaire attribué à Tertön Sogyal.

L’initiation et la transmission du Chetsün nyingtik ont été conférées plusieurs fois dans les dernières décennies, y compris par Khenchen Jigmé Phuntsok Rinpoché en Amérique du Nord et par Trulshik Rinpoché en Europe. Khenchen Namdrol a aussi enseigné abondamment sur ce cycle, en France et aux États-Unis.


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Pistes de lecture

B. Alan Wallace. Open Mind: View and Meditation in the Lineage of Lerab Lingpa. Somerville, MA: Wisdom Publications, 2017.

Jamgön Kongtrül. The Life of Jamyang Khyentsé Wangpo. Trans. Matthew Akester. Delhi: Shechen Publications, 2012. Revised online edition, Khyentse Foundation, 2020.

Ricard, Matthieu. "Introduction" in lce btsun snying thig gi chos skor. Delhi: Shechen Publications, 2004.


| Introduction traduite en français, à partir de l’anglais, par Vincent Thibault (2026).


Version : 1.0–20260612

Notes

  1. bka’ babs bdun. On parle parfois des « sept types de transmissions qui font autorité ».  ↩

  2. Voir l’introduction de Matthieu Ricard à lce btsun snying thig gi chos skor et l’avant-propos de Shechen Rabjam Rinpoche et Matthieu Ricard à Jamgön Kongtrul, The Life of Jamyang Khyentsé Wangpo.  ↩

  3. rdzogs pa chen po man ngag sde’i bcud phur man ngag thams cad kyi rgyal po klong lnga’i yi ge dum bu gsum pa lce btsun chen po’i bI ma la’i zab tig gi bshad khrid chu ’babs su bkod pa snying po’i bcud dril ye shes thig le. (Pour une traduction anglaise, voir Wallace, Open Mind: View and Meditation in the Lineage of Lerab Lingpa.)  ↩

  4. Voir gter chen las rab gliṅ pa phrin las mtha’ yas rtsal gyi gsaṅ ba’i rnam par thar pa rmad du byuṅ ṅo mtshar padma dkar po’i phreṅ ba dad pa’i ‘khri śiṅ byin rlabs sprin dpuṅ sdud pa’i ma dros dga’ ba’i glu dbyaṅs: The esoteric biography of Gter-chen Las-rab-gliṅ-pa Phrin-las-mtha’-yas-rtsal by Tshul-khrims-bzaṅ-po. New Delhi: Sanje Dorje (1974), p. 90.  ↩


Chetsün Nyingtik

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