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ISSN 2753-4812
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Un trésor du cœur pour les héros

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Un trésor du cœur pour les héros qui aspirent à la libération

par Atiśa Dīpaṃkara

Quand le Noble Atiśa se rendit d’abord au Ngari, il y demeura deux ans, pendant lesquels il accorda une mine d’enseignements à Lha Changchoub Ö et à d’autres disciples. Il pensa ensuite rentrer en Inde, et tandis qu’il se préparait à partir, Lha Changchoub Ö lui demanda de prodiguer ses ultimes conseils. Le Noble Atiśa répondit que ce qu’il avait déjà enseigné par le passé suffirait ; mais Lha le pria avec insistance, si bien que le Noble Atiśa offrit ces conseils.

Ô merveille ! Chers amis érudits et animés d’une intention pure et noble,
Il ne convient guère qu’un homme aussi obtus et insignifiant que moi vous conseille,
Vous qui êtes suprêmes et précieux et qui m’êtes plus chers que mon propre cœur ;
Mais puisque vous insistez, cet homme insensé offrira bien quelques pensées à ces nobles esprits.

Amis : jusqu’à ce que vous atteigniez l’éveil, il vous faut un maître ; donc, suivez un sublime ami spirituel.
Jusqu’à ce que vous réalisiez l’état naturel, il vous faut recevoir des enseignements ; donc, écoutez les instructions du maître.
On ne devient pas bouddha par la seule connaissance du Dharma ; savoir ne suffit pas, il faut pratiquer !
Évitez les endroits qui troublent votre esprit ; demeurez toujours en des lieux qui renforcent la vertu.

Tant que vous n’avez pas atteint la stabilité, le tohu-bohu est nuisible ; donc, tenez-vous-en aux retraites isolées dans la forêt.
Évitez les compagnons qui attisent vos émotions nocives ; côtoyez ceux qui encouragent la vertu, et chérissez-les.
Le travail et les tâches n’auront jamais de fin ; mettez de côté les projets et restez tranquilles.
Dédiez toute votre vertu, nuit et jour, et surveillez continuellement votre esprit.

C’est une instruction essentielle que de suivre les paroles du maître ; donc, faites tout ce qu’il vous dit, qu’il s’agisse de méditation ou d’autre chose.
Appliquez-vous aux instructions du maître avec une grande dévotion, et les résultats émergeront bientôt d’eux-mêmes.
Si vous pratiquez le Dharma de tout votre cœur, vous ne manquerez jamais de nourriture et de vêtements – c’est un fait.
Cultivez le contentement, chers amis, puisque le désir est comme l’eau salée – la boire ne fait qu’empirer la soif.

Délestez-vous de la suffisance, de l’arrogance, de la prétention, de l’orgueil ; faites-vous humbles et disciplinez votre esprit.
L’affairement supposément méritoire constitue un obstacle à la pratique du Dharma ; abandonnez-le.
Les gains et honneurs sont des pièges de Māra, donc écartez-les comme on retire la pierre d’une balance.
Les louanges et la renommée vous tromperont, donc défaites-vous-en comme on recrache du mucus.

Le confort, la joie, des amis aimants – peut-être en jouissez-vous pour l’instant, mais vous devrez bientôt les laisser derrière vous.
Vos vies futures sont beaucoup plus longues que celle-ci ; donc, préparez vos provisions pour l’avenir et enterrez votre trésor !
Au bout du compte, il faut tout laisser derrière soi ; donc, cessez de vous démener et relâchez tout attachement !
Soyez compatissants envers les nécessiteux – vous ne devriez jamais les ignorer ou les traiter avec dédain.

Débarrassez-vous des biais et préjugés envers les ennemis et les clans rivaux.
Ne jalousez pas ceux qui ont du talent ou des connaissances ; respectez-les et voyez ce qu’ils peuvent vous apprendre.
Ne portez pas attention aux fautes des autres, mais aux vôtres, et défaites-vous-en comme vous le feriez de sang infecté.
Ne pensez pas à vos propres vertus, mais à celles des autres, et traitez tout un chacun avec respect, comme le ferait un serviteur.

Considérez tous les êtres comme vos parents et souciez-vous d’eux avec l’amour d’un enfant.
Que votre visage soit souriant, votre cœur, aimant, et votre parole, franche et exempte de colère.
Le bavardage oiseux mène à la confusion, donc parlez de façon posée et censée.
Les activités dénuées de sens interrompront votre pratique spirituelle, donc mettez de côté toutes les actions qui ne relèvent pas du Dharma.

Ne vous échinez pas à un travail vide de sens – de tels efforts ne feront que vous épuiser.
En raison de votre karma et des circonstances extérieures, il se peut que vous n’accomplissiez pas ce que vous projetiez ; mieux vaut alors relaxer et laisser les choses être – ainsi serez-vous heureux et à l’aise.
Qu’y aurait-il de pire que de mourir de honte devant un être sublime ? Ne faites rien que vous auriez à regretter, et soyez fiables et honnêtes[1]
Le plaisir et la douleur en cette vie émanent de votre propre karma antérieur, donc n’en rejetez pas la faute sur les autres.

Tout bonheur est une bénédiction du maître ; efforcez-vous de le reconnaître et de lui rendre sa bonté.
Tant que vous n’avez pas dompté votre esprit, vous ne pouvez apprivoiser celui des autres ; donc, domptez votre esprit.
Sans clairvoyance, vous ne pouvez mener les autres à maturité ; donc, exercez-vous à la pratique.
Quand on meurt, on ne peut faire autrement qu’abandonner les possessions ; donc, n’allez pas cumuler les méfaits pour vous enrichir.

Il est futile de se perdre dans le luxe et la richesse. Portez plutôt la glorieuse parure de la générosité.
La beauté en résulte en cette vie et la félicité dans la suivante, donc maintenez une discipline pure et constante.
En cette époque décadente, l’agressivité est en hausse, donc endossez l’armure de la patience, qui est libre d’agressivité.
C’est notre paresse qui nous enchaîne dans le saṃsāra ; donc, alimentez vos efforts dans la pratique comme on nourrit un grand feu.

Notre vie s’écoule dans une distraction constante ; il est temps de nous entraîner à la méditation.
Influencés par des vues erronées, nous ne réalisons pas l’état naturel ; examinons plutôt la véritable nature des choses.
Oh, chers amis : il n’est nul bonheur en ce marécage qu’est le saṃsāra ; rendons-nous plutôt sur la terre ferme de la libération !
Exerçons-nous correctement aux instructions du maître et asséchons l’océan de souffrance du saṃsāra !

Prenez ces paroles à cœur : elles sont sincères et méritent qu’on y prête l’oreille.
Ainsi, non seulement vous me ferez plaisir, mais vous trouverez aussi votre bonheur et contribuerez à celui des autres.
Je vous demande donc humblement de porter attention à ces instructions, même si c’est un homme insensé qui les a prononcées.
Voilà ce que le Noble Atiśa dit au vénérable Changchoub Ö.

Je dédie toute vertu ainsi engendrée
À la réalisation de toutes les aspirations formulées
Dans le passé, le présent et l’avenir par les sugatas et leurs héritiers :
Que ce soit une cause pour le maintien du saint Dharma de transmission et de réalisation !

Sarva maṅgalam[2] !


| Traduit en français par Vincent Thibault (2026) sur la base de la traduction anglaise de Samye Translations (2020, par Laura Swan et Maitri Yarnell, relue par Libby Hogg, publiée sur Lotsawa House en 2021).


Bibliographie

Édition tibétaine

Atiśa. "mnyam med jo bo chen po rgya gar du phebs khar lha byang chub 'od la zhal gdams su stsal ba thar 'dod dpa' bo'i snying nor zhes bya ba bzhugs so." In zhal gdams phyogs bsgrigs. BDRC W4CZ45286. 1a–4a (pdf pp. 3–10).


Version : 1.0–20261008

Notes

  1. Une traduction plus littérale irait comme suit : « Se sentir honteux devant les nobles est aussi grave que la mort ; donc, ne faites rien de regrettable, et soyez fiables et honnêtes. »  ↩

  2. Expression sanskrite pouvant se traduire par « Que tout soit favorable ! ».  ↩

Atiśa Dīpaṃkara

Atiśa Dīpaṃkara

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