Une bénédiction pour les nouveau-nés
Introduction du traducteur
Cette bénédiction pour les nouveau-nés est extraite des Quatre tantras médicaux, lesquels constituent les textes fondateurs du système médical tibétain. L’extrait en question provient du troisième tantra, Le tantra des instructions orales (man ngag gi rgyud), et plus précisément d’un échange entre le sage Manasija (yid las skyes), principal interlocuteur dans les Quatre tantras médicaux, et le grand sage Vidyājñāna (rig pa’i ye shes), qui est l’émanation du Bouddha de la Médecine. Manasija s’informe sur la façon de prendre soin des enfants. Vidyājñāna répond qu’à la naissance de l’enfant, il faut d’abord examiner les bons et mauvais augures puis lire à voix haute cette aspiration avant de couper le cordon ombilical (lte ba), de célébrer l’événement et de laisser le nouveau-né téter. D’autres rituels sont aussi décrits, comme le fait de laver le corps du nouveau-né avec une eau tiède et parfumée et d’écrire la syllabe hrīḥ sur sa langue avec du safran.
S’il est toujours important de suivre les instructions d’un amchi ou d’un docteur qualifié en médecine tibétaine, nous avons décidé de publier cette aspiration afin que toute personne intéressée puisse la réciter à la naissance d’un enfant.
Le premier vers reflète l’amour inexprimable qu’un parent ressent lorsqu’il aperçoit son enfant pour la première fois. À l’instar du mot français « cœur », le terme tibétain snying fait référence à la fois à l’organe physique et au siège des émotions. Cette double définition souligne que l’enfant n’est pas seulement issu de la chair et du sang des parents, mais qu’il naît aussi du plus profond de leur être. Le deuxième vers inclut une phrase typique, courante dans la littérature sanskrite, exprimant l’aspiration à une vie longue et en bonne santé au cours de laquelle on peut contempler une centaine de moissons (littéralement, « cent automnes[1] »). Le recours à cette expression classique évoque le langage du Kangyour, ce qui prête aux Quatre tantras médicaux un air de canonicité et, par extension, d’autorité. Les deux derniers vers énumèrent des aspirations au nom de l’enfant, pour qu’il connaisse tout le meilleur : santé, longévité, chance, fortune, prospérité, bénédictions, bien-être… Par l’interdépendance de l’amour inconditionnel des parents et de la vérité présente dans ces mots, la récitation de cette aspiration devient un acte parlé, une énonciation performative, capable d’influencer positivement le cours de la vie de l’enfant.
Version : 1.0–20261006
Notes
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Skt. jīvantu varṣaśataṃ paśyantu śaradāṃ śatam. ↩
༄༅། །གསར་སྐྱེས་བྱིས་པའི་ཤིས་ཚིག
Une bénédiction pour les nouveau-nés
extraite des Quatre tantras médicaux
སྐྱེས་མ་ཐག་ཏུ་བཀྲ་ཤིས་ཚིག་འདི་བརྗོད། །
Récitez ces mots de bon augure dès que l’enfant voit le jour :
བདག་གི་བུ་ཁྱོད་སྙིང་ལས་སྐྱེས་པ་ཡིན། །
dak gi bou k'yö nying lé kyépa yin
Mon enfant, tu es né(e) de mon cœur.
ལོ་བརྒྱ་འཚོ་ཞིང་སྟོན་བརྒྱ་མཐོང་གྱུར་ཅིག །
lo gya tso zhing tön gya t'ong gyour chik
Puisses-tu vivre cent ans et voir cent récoltes.
ཚེ་རིང་དཔལ་ཐོབ་ངན་དགུ་ཐུབ་པ་དང་། །
tséring pal t'ob ngen gou t'oubpa dang
Puisses-tu profiter d’une vie longue pleine de splendeur, surmonter tous les maux1,
མི་ནོར་བཀྲ་ཤིས་བདེ་སྐྱིད་ཕུན་ཚོགས་ཤོག །
mi nor tashi dékyi p'üntsok shok
Et jouir d’une abondance de prospérité, de bonne fortune et de bonheur !
| Traduit en français par Vincent Thibault (2026) sur la base de la traduction anglaise de Lowell Cook (2026).
Source
Yutok l’Ancien, Yönten Gönpo (g.yu thog rnying ma yon tan mgon po). gso rig rgyud bzhi. gser rta rdzong: gser thang bla rung lnga rig nang bstan slob gling. BDRC: MW3CN5036, p. 320.
Version : 1.0-20261006
Notes
- Le terme ngan dgu, traduit ici par « tous les maux », peut aussi faire référence à un ensemble spécifique de neuf présages astrologiques défavorables. ↑
