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ISSN 2753-4812
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Vie de Shéchen Gyaltsab Rinpoché

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La vie de Shéchen Gyaltsab Gyourmé Péma Namgyal (1872–1926)

par Alak Zenkar Rinpoché

Le maître suprême Shéchen Gyaltsab Gyourmé Péma Namgyal est né en un lieu appelé Dzokyi Tsoloung, qui relève des régions de Lhatok et Dergué, le dix-neuvième jour du douzième mois en l’an du Mouton de Fer du quinzième cycle calendaire[1]. Son père, Shérab, appartenait au clan Adro, et sa mère, Namkha Drolma, était la fille d’une famille de fonctionnaires de Drongpa.

Reconnu par Jamyang Khyentsé Wangpo en tant que réincarnation d’Orgyen Rangjoung Dorjé, il reçut le nom de Gyourmé Péma Tenzin Khédroup Gyatsö’i Dé et fut solennellement intronisé sur un grand trône du Dharma en tant que quatrième Gyaltsab, ou « régent », du monastère de Shéchen Tennyi Dargyé Ling. Son oncle Péma Wangchen (communément appelé Kyi Yang) lui apprit à lire et lui offrit des enseignements sur les sciences ordinaires, y compris Le Miroir de la poétique[2], les trois systèmes de la grammaire sanskrite (appelés Kalāpa, Candrapa et Sārasvata), La Précieuse mine des compositeurs[3], les grands textes des traditions astrologiques « blanche » et « noire », et ainsi de suite.

Il prit les vœux de moine novice auprès de Dzogchen Khenpo Péma Damchö Özer et reçut le nom de Péma Namgyal. Il reçut ensuite la pleine ordination de Guémang Khenpo Yönten Gyatso[4] et maintint la discipline extérieure de la pratimokṣa sans commettre la moindre transgression à l’égard de ce qu’il convient d’adopter et d’abandonner. Il étudia la discipline des vœux de bodhisattva avec des maîtres tels que le grand Khenpo Karma Tashi Özer, le cinquième Rabjam Rinpoché et d’autres encore, et suivit tous les points de l’entraînement intérieur des bodhisattvas concernant ce qu’il faut faire et éviter, de sorte que son esprit s’imprégna totalement de bodhicitta et qu’il chercha uniquement à être utile aux autres.

De Jamgön Khyentsé Wangpo, il reçut des initiations et instructions sur les pratiques des kama et terma Nyingma se rapportant notamment aux Kagyé, au Gongdü et à Vajrakīlaya. Il étudia aussi La Grande exposition des étapes de la voie (Lamrin Chenmo) de Jé Rinpoché, Le dévoilement du Dharmakāya du Karmapa Rangjoung Dorjé, et de nombreuses autres traditions des mantras secrets des écoles Sarma. Il reçut les initiations qui font mûrir, les instructions libératrices et les transmissions complémentaires pour le Trésor des précieux termas (Rinchen Terdzö) de la part de Jamgön Lodrö Thayé et Zourmang Trungpa Rinpoché, Karma Chökyi Nyinché[5]. Le sublime Kongtrul Rinpoché lui conféra aussi une transmission orale explicative de l’intégralité des trois volumes de son Trésor de la connaissance (Shéja Dzö), depuis les versets d’hommage initiaux jusqu’au colophon final. Kongtrul Rinpoché posa les textes sur sa tête et lui accorda la permission formelle de transmettre ces enseignements à son tour.

Il reçut également le Trésor des mantras de la tradition Kagyu (Kagyu Ngak Dzö) et la Collection des tantras Nyingma (Nyingma Gyuboum). Il reçut le Trésor des instructions (Damngak Dzö) et le Trésor des vastes enseignements (Gyachen Ka Dzö) dans leur entièreté, accompagnés des initiations, des transmissions par la lecture et des instructions, de la part du grand Khenpo Karma Tashi Özer.

De Jamgön Mipham Rinpoché, il reçut le Grand commentaire secret sur la pratique de Yangdak, le cycle de Jampal Dzogpachenpo, Une explication des Kagyé, et L’Entrée dans la connaissance (Khenjuk), et il put clarifier les points délicats des grands textes des sūtra et mantras. Il obtint aussi des clarifications sur sa propre pratique.

Il eut également pour maîtres des personnalités aussi éminentes que le cinquième Shéchen Rabjam, Khenpo Kunpal, Kathok Sitou, Palpoung Gyatroul Kounzang Tenpé Nyima, Dzogchen Khenpo Péma Vajra et Patrul Jigmé Chökyi Wangpo. Ses études furent vastes et couvrirent une myriade de commentaires et d’œuvres complètes de grands maîtres du passé. En particulier, il reçut la transmission orale des précieuses Paroles traduites du Bouddha (Kangyour) à deux reprises – de Barchoung Choktroul Thoubten Guélek et du grand Troshoul Khenpo Tsultrim Gyatso.

Pendant plus de vingt ans, il axa sa pratique sur les points clés des phases de génération et d’achèvement, ce qui eut pour effet de faire culminer ses qualités en termes d’expérience et de réalisation. Il acquit toutes les réalisations avancées des voies et bhūmi et, en prenant à cœur les points essentiels de la pratique de la Grande Perfection lumineuse, il purifia les fixations de l’esprit conceptuel. Quand il parvint à la réalisation spontanée, le merveilleux trésor de son esprit de sagesse se mit à déborder.

La vive lumière de son activité éveillée en matière d’explications, de débats et de compositions rayonna dans toutes les directions, si bien que de nombreux grands maîtres et détenteurs des enseignements devinrent ses disciples, y compris Dzongsar Khyentsé Jamyang Chökyi Lodrö, le sixième Shéchen Rabjam Kunzang Tenpé Nyima, Jamyang Loter Wangpo, Dilgo Khyentsé Rabsal Dawa, les incarnations de Kongtrul, Palden Chökyi Wangchuk et Péma Drimé Lekpé Lodrö, Dzogchen Lingla Tulku, Khenpo Sochö, Abou Lhagang, Kathok Khenpo Nüden et de nombreux autres, évoquant une guirlande d’étoiles dans une constellation.

Les écrits de ce grand maître remplissent treize volumes. On peut en résumer les thèmes principaux en autant de sections qu’il y a de niveaux de réalisation, ou bhūmi :

  • Premièrement, le début vertueux permet de veiller à ce qu’un projet riche de sens parvienne à son terme ; dans ce cas-ci, la première section vise la réunion des accumulations de mérite et de sagesse, représentée par un cycle de pratiques préliminaires et des rituels d’offrandes.
  • Deuxièmement, pour rendre la composition encore plus bénéfique, vient la seconde section, une collection de louanges.
  • Troisièmement, pour veiller à la réalisation spontanée du double bienfait pour soi et autrui, vient une section comprenant des prières, incluant des prières pour la longévité de différents maîtres.
  • Quatrièmement, la vertueuse partie principale qui clarifie le sens des textes commence avec une section consacrée à l’histoire des enseignements, dans le but notamment d’instaurer la confiance.
  • La cinquième section concerne la grammaire, la poétique, l’astrologie, et ainsi de suite, pour clarifier les sciences ordinaires.
  • La sixième section comprend des conseils soulignant ce qu’il convient d’adopter et d’éviter.
  • La septième contient des instructions sur les enseignements généraux.
  • La huitième section couvre les pratiques extraordinaires des phases de génération et d’achèvement et différents types de commentaires.
  • La neuvième section inclut ses écrits divers portant sur des sujets variés.
  • La dixième inclut des prières de dédicace, d’aspiration et de bon augure.

Les titres exacts des différents textes sont recensés dans l’index de ses œuvres intitulé La guirlande de joyaux.

Ainsi, ce grand maître s’est consacré aux trois pratiques que sont l’écoute, la réflexion et la méditation pour son propre bien, et aux trois activités que sont l’enseignement, le débat et l’écriture pour le bien des autres.

Enfin, à l’âge de 55 ans, en l’an du Tigre de Feu du quinzième cycle calendaire, le dix-huitième jour du cinquième mois[6], il démontra la fusion de son esprit de sagesse dans le dharmadhātu, l’union inséparable de l’espace fondamental et de la sagesse.

Écrit avec dévotion par Thoubten Nyima.


| Traduit en français par Vincent Thibault (2026) sur la base de la traduction anglaise d’Adam Pearcey (2005).


Bibliographie

Édition tibétaine

thub bstan nyi ma. "zhe chen rgyal tshab 'gyur med padma rnam rgyal gyi rnam thar mdor bsdus" in zhe chen rgyal tshab chos 'byung. Chengdu: Si khron mi rigs dpe skrun khang, 1994, pp. 1–6.


Version : 1.0–20260610

Notes

  1. On situe généralement la naissance de Shéchen Gyaltsab en 1871, puisque c’est l’année à laquelle correspond une bonne partie de l’an du Mouton de Fer, mais selon les précisions fournies ici, il serait en fait né le 29 janvier 1872.  ↩

  2. snyan ngag me long (Kāvyādarśa) de l’érudit indien Daṇḍin (vers le VIe–VIIe siècle).  ↩

  3. sdeb sbyor rin chen ’byung gnas de Minling Lochen Dharmaśrī (1654–1718).  ↩

  4. L’auteur d’un célèbre commentaire en deux parties du Trésor de précieuses qualités (yon tan mdzod) de Jigmé Lingpa.  ↩

  5. Env. 1879–1938. Il s’agit de la dixième incarnation dans la lignée des Zurmang Trungpa. Le onzième fut Chögyam Trungpa Rinpoché (1940–1987).  ↩

  6. Le 28 juin 1926.  ↩

Alak Zenkar Rinpoché

Shéchen Gyaltsab Gyourmé Péma Namgyal

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