Explication du dixième jour
Un bouquet de fleurs d’uḍumbara : Explication du dixième jour
par Gönpo Tséten Rinpoché
Namo guru-padmākarāya !
Déploiement magique de la sagesse des vainqueurs des trois temps,
Né excellement au cœur d’un lotus fraîchement épanoui sur le grand lac de Sindhu,
Guide unique pour les êtres des trois mondes,
Je te rends hommage du fond du cœur, Vajra Né-du-Lac d’Uḍḍiyāna !
Voici une explication concise du dixième jour. Elle s’articulera en quatre parties :
- Une biographie succincte et une brève présentation des merveilleuses qualités du Second Bouddha d’Uḍḍiyāna
- Une introduction au grand festival du dixième jour
- Une explication du gaṇacakra
- Un enseignement sur les excellents bienfaits du gaṇacakra.
1. Une biographie succincte et une brève présentation des merveilleuses qualités du Second Bouddha d’Uḍḍiyāna
Le glorieux Uḍḍiyāna, grand souverain parmi les vainqueurs des trois temps, est indissociable de Samantabhadra, le dharmakāya primordial apparu naturellement et libre depuis toujours. À partir de l’espace omnipénétrant du dharmakāya, il s’accomplit spontanément sous l’aspect du saṃbhogakāya pourvu des cinq perfections. Son expression naturelle défie l’imagination et prend les traits d’un nirmāṇakāya totalement libéré. Il se manifeste en tant que Maître sous une infinité de formes, dans une infinité de terres pures, pour guider les êtres de façons aussi inconcevables qu’inexprimables. Il personnifie donc à lui seul la sphère d’activité de tous les bouddhas. Dans notre champ pur particulier, il s’est incarné en tant que grand maître inégalé devenu célèbre sous le nom de Padmākara, Né-du-Lotus. Son arrivée avait d’ailleurs été prédite dans les sūtra et tantras par les bouddhas parfaitement éveillés.
Voici un extrait du Sūtra des prédictions au Magadha[1] :
Au bosquet de Kṣīra[2] de Kuśinagara, juste avant de passer au nirvāṇa, le Bouddha Śākyamuni, parfaitement éveillé, démontra l’impermanence de toute chose – le monde et les êtres, les choses intérieures comme extérieures. Tandis que le Sage offrait des prophéties concernant son décès, nombre de śrāvaka pleurèrent et perdirent connaissance. Ils reprirent conscience et recommencèrent aussitôt à pleurer, suppliant douloureusement le Bienheureux :
« Kyéma kyéhu ! Protecteur du monde, si vous ne restez pas parmi nous, qui donc nous protégera des ténèbres ? »
Le Sage Bienheureux soupira devant l’assemblée. Puis, avec un sourire bienveillant, il parla :
« Kyého! Douze années[3]. après mon entrée dans le nirvāṇa,
À la frontière nord-ouest du pays d’Uḍḍiyāna,
Dans les eaux immaculées de l’Île Kośa,
Au cœur d’une fleur de lotus,
Apparaîtra une personne qui m’est supérieure.
Son nom sera Padmākara, le Né-du-Lotus.
Ce sera le Seigneur des enseignements des sūtra et tantra.
Alors, ne pleurez pas !
Le Né-du-Lotus viendra, avec d’infinis pouvoirs,
Telle une panacée universelle se démarquant des autres médicaments.
Alors, ne vous affligez pas !
Le Né-du-Lotus viendra, avec d’infinis pouvoirs,
Tels le soleil et la lune au milieu des étoiles.
Alors, ne désespérez pas !
Le Né-du-Lotus viendra, avec d’infinis pouvoirs,
Telle une gemme qui exauce les souhaits se distinguant des autres joyaux.
Alors, pourquoi seriez-vous tristes ?
Les ténèbres du monde seront dissipées ! »Une fois que le Bienheureux se fut exprimé, toute l’assemblée se réjouit et trouva un réconfort dans la contemplation de ses paroles. Néanmoins, il savait que des doutes pouvaient encore surgir concernant cet être supérieur. Il reprit donc la parole :
« Surpassant totalement les vainqueurs du passé, du présent et de l’avenir, cet être noble, vénérable et proprement merveilleux naîtra de façon excellente, nullement entaché par une matrice, dans un corps surgi naturellement. Ce sera donc un être noble par son mode de naissance. Nullement affecté par la vieillesse et la dégradation, ce sera un guide pour ceux et celles qui ont besoin d’être apprivoisés ; ce sera donc, là encore, un être noble. Nullement touchée par la mort ni par les extrêmes du saṃsāra, sa longévité sera sans égal. Il vaincra les māra, remportant triomphalement une victoire totale. Il sera donc incomparable. Sans avoir à cheminer ou à s’entraîner sur la voie, et n’étant plus jamais contraint à renaître, il se délectera – en un seul corps et au cours d’une seule vie – du cœur même du Dharma, à bord du véhicule emprunté par tous les bouddhas. Ainsi sera-t-il insurpassé. À ceux qui s’interrogent, je dirai donc ceci : cet être ne sera nul autre que le Bienheureux Protecteur lui-même, l’enseignant de la lumière immuable, Amitāyus en personne. »
Le Tantra de l’assemblée des heruka[4] dit :
Émaho ! Au cœur d’un lotus –
La personnification du corps, de la parole et de l’esprit éveillés,
La force et la majesté des qualités resplendissantes et des activités
Évoquées par les dieux : voilà ce que je manifesterai
Sous l’aspect du prince héritier des vainqueurs, le joyau de l’Uḍḍiyāna.
Dans le Tantra de la personnification parfaite de la nature insurpassable[5], on lit :
Dix ans et deux[6].] après que je sois passé au nirvāṇa,
Le Vainqueur suprême dans tous les mondes,
Dont le nom sera Padmākara,
Naîtra en Uḍḍiyāna sur un lotus en fleur
Et enseignera les mantras secrets. C’est ma prophétie !
Le Filet magique de Mañjuśrī[7] ajoute :
Le Glorieux Bouddha Né-du-Lotus
Est un trésor de sagesse omnisciente,
Le détenteur du Filet magique multiforme, le roi des tantras,
Le plus grand vidyādhara parmi tous les bouddhas.
Il était donc clairement annoncé dans les sūtra comme les tantras. Le protecteur Amitābha – le Bouddha de la Lumière infinie, qui personnifie à lui seul la compassion, le pouvoir et les bénédictions de tous les vainqueurs –, émit de son cœur un vajra en or marqué de la syllabe hrīḥ qui vint se poser sur un lotus épanoui, sur les eaux immaculées et scintillantes d’un immense lac, au nord-ouest de l’Uḍḍiyāna. Il se transforma un garçon de huit ans, d’une beauté exquise, orné de toutes les marques majeures et mineures de la perfection, et tenant un vajra et un lotus. Ce garçon merveilleux y demeura, enseignant le profond Dharma aux dieux et ḍākinī de l’île avoisinante.
Il se trouva que le roi d’Uḍḍiyāna, Indrabodhi[8], naviguait alors sur ce vaste lac. Il n’avait pas d’héritier royal et ses coffres étaient vides, en raison de son immense générosité envers les pauvres et de sa grande dévotion envers les Trois Joyaux. Avec un équipage, il s’était aventuré sur une île de ce lac océanique pour y chercher un joyau qui exauce les souhaits. Le joyau enfin trouvé, le roi et son équipe s’apprêtaient à rentrer quand ils aperçurent l’enfant miraculeux – ce fut d’abord Triguṇadhara[9], ministre du Dharma, qui le vit, puis ce fut au tour d’Indrabodhi. Le roi ramena l’enfant au palais, l’intronisa à titre de prince héritier, et l’invita à prendre place sur un trône précieux. On le connut alors sous le nom de Péma Joungné ou Padmākara, le « Né-du-Lotus », de même que sous celui de Tsokyé Dorjé, « Vajra Né-du-Lac ». Plus tard, il maria la reine Prabhāvatī[10] et régna sur l’Uḍḍiyāna conformément au Dharma, menant ainsi les habitants de ce royaume à la maturité et à la libération.
Il s’extirpa habilement des affaires gouvernementales et alla pratiquer la discipline yogique dans les huit grands charniers, tels que celui de Śītavana au sud. Il mit les ḍākinī de ces charniers sous son autorité, et on le connut alors sous le nom de Śāntarakṣita, « Gardien de la Paix ». Il reçut des initiations et bénédictions de la part des ḍākinī de sagesse, parmi lesquelles on compte Vajravārāhī. Dans chacun des huit charniers, il accomplit l’un des maṇḍala rattachés aux grands sādhana des Huit principes d’accomplissement[11]. Chaque fois que le Né-du-Lotus obtint les signes d’accomplissement, les déités et l’esprit du maître s’unirent inséparablement.
Puis, le Né-du-Lotus se rendit dans l’est de l’Inde. Dans la grotte de roche rouge, au Bosquet du garuḍa, il rencontra le grand maître Prabhahasti, de qui il reçut parfaitement tous les enseignements tantriques. Il eut des visions des déités du vajradhātu-maṇḍala[12] et démontra les signes d’accomplissement. On l’appela alors Śākya Sengé, « Lion des Śākya ».
Bien qu’il fût déjà un maître suprême qui avait accompli le sens définitif, il se manifesta néanmoins de telle sorte que nous puissions le comprendre. Le Né-du-Lotus chercha donc de nombreux siddhas accomplis, se rendit dans tous les grands sites sacrés de l’Inde, et reçut les enseignements du Mahāyoga, de l’Anuyoga et de l’Atiyoga. En outre, montrant la façon de lever tous les doutes concernant le véhicule causal des caractéristiques[13], il devint connu sous le nom du savant Loden Choksé, « Sage chercheur du sublime ».
Se rendant au Zahor, le Né-du-Lotus fit de la princesse royale Mandāravā sa compagne pour la pratique de sādhana. Ensemble, ils allèrent à la grotte de Māratika, où ils pratiquèrent le sādhana de longévité. Amitāyus, le Protecteur de la Vie infinie, leur apparut, les initia et les bénit. Leur corps se transforma ainsi en corps de vajra transcendant totalement la naissance, la vieillesse et la mort. Vint alors le moment de discipliner le royaume du Zahor : le Né-du-Lotus et Mandāravā quittèrent la grotte et, par toutes sortes de miracles et de moyens merveilleux, apprivoisèrent habilement les habitants, qui ne savaient distinguer ce qu’il convient de faire et d’éviter. Ainsi, le royaume tout entier put s’enraciner dans le saint Dharma. Le maître fut alors connu sous le nom de Padmasambhava, « Né-du-Lotus ».
De retour en Uḍḍiyāna, ils furent capturés par de terribles ministres et mis au bûcher. Ébahissant la foule, le maître transforma le bûcher en lac ; on le vit alors totalement indemne, radieux, assis sur un lotus. Ainsi, il amena non seulement Indrabodhi, mais aussi tout le royaume d’Uḍḍiyāna, sur l’excellente voie de la libération, et fut alors connu sous le nom de Péma Gyalpo, « Roi-Lotus ».
Il prit ensuite place parmi les stūpa apparus naturellement à Lhundroup Tsek (« Monticule spontané ») et dans les autres charniers. Il y subjugua les ḍākinī et dharmpāla, en fit ses serviteurs, s’empara de leur cœur et de leur force vitale, et les chargea de la garde des enseignements. On le connut alors sous le nom de Nyima Özer, « Rayons du Soleil ».
Une fois, selon d’autres récits, il but cinq cents doses de bière et se fit prier de régler ses consommations avant la tombée de la nuit. Comme il n’avait pas de quoi payer, il figea le soleil dans le ciel, et celui-ci ne se coucha pas pendant sept jours ! Padmākara accomplit d’innombrables miracles de ce genre, défiant totalement l’imagination. En maintenant ainsi l’aspect d’un heruka, il fut [là encore] appelé Nyima Özer, ou encore, Nyima Dzin, « Celui qui saisit le Soleil ».
Au Trône adamantin, à Bodhgaya, le Né-du-Lotus défia cinq cents dangereux hérétiques et l’emporta dans les débats en ayant recours à la logique et à la magie. Quand les mécréants tentèrent de lui jeter des mauvais sorts, il inversa leur magie avec un mantra courroucé que lui avait donné la ḍākinī Mārajitā. Il libéra ainsi les hérétiques et réduisit leur ville en cendres. Ceux qui restèrent furent pris sous son aile et établis sur la voie bouddhiste. Il était alors connu sous le nom de Sengué Dradok, « Rugissement du Lion ».
De plus, le Né-du-Lotus a voyagé partout en Inde – au Trône adamantin au centre, dans les huit directions cardinales et intermédiaires, et dans toutes les régions, petites ou grandes. Partout, il a dompté des êtres par les quatre activités éveillées, en implantant le Dharma, et donc en prodiguant aux êtres des bienfaits inconcevables.
Il s’est rendu au Népal, où il a pris pour compagne la Néwar Śākyadevī. Ils firent une retraite ensemble et pratiquèrent Śrī Heruka, l’Essence de la Grande Félicité, à Yangleshö au Népal. Ils eurent des expériences visionnaires des neuf déités du maṇḍala de Śrī Heruka et obtinrent tous les siddhis, sans aucune exception.
Penchons-nous maintenant sur l’arrivée du Né-du-Lotus au Pays des Neiges. Le roi du Dharma Tri Songdétsen avait invité le grand érudit Śāntarakṣita[14] pour ériger un temple qui soutiendrait la pratique. Ce projet a antagonisé les mauvais esprits locaux, qui se sont lancés dans une campagne destructrice, empêchant la construction du temple. Śāntarakṣita parla au roi et le pressa de chercher de l’aide :
« Au Trône adamantin, en Inde, réside une émanation du cœur d’Amitābha, le Bouddha de la Lumière infinie. Né miraculeusement, affranchi de la naissance et de la mort, il connaît simultanément le passé, le présent et l’avenir. Il est connu sous le nom de Né-du-Lotus, le grand maître de l’Uḍḍiyāna qui fait des esprits et démons ses serviteurs. Si vous l’invitez, il pourra réaliser tous vos plans. »
Le roi envoya alors des messagers chargés d’or – sous forme de briques et de poudre – pour inviter le Né-du-Lotus. Clairvoyant, le maître sut que les messagers s’étaient mis en route. À partir de l’Inde, il se rendit miraculeusement à la grotte de Yari Gong[15] au Mangyoul, où il les attendit. Quand les émissaires arrivèrent, et bien qu’il connût déjà la réponse, le Maître leur demanda : « Où allez-vous ? »
Les messagers répondirent : « Nous avons été mandatés par le Roi du Tibet, qui nous a demandé de nous rendre en Inde pour inviter le grand maître Padmākara, le Né-du-Lotus. »
Le maître se tint debout devant eux ; ses pieds ne touchant pas le sol, il dit : « C’est moi ! » Pleins de gratitude et mus par une foi sincère, les émissaires se prosternèrent devant le Né-du-Lotus, firent des circumambulations et lui offrirent les briques et la poudre d’or. Le maître répondit alors, « Pour moi, toutes les apparences sont d’or ! » Il relança l’or en direction du Ngari, ce qui prit les messagers au dépourvu.
« Ne soyez pas tristes ! Si vous avez besoin d’or, prenez un peu de sable ! »
Les messagers en prirent une poignée. Instantanément, à leur plus grande stupéfaction, le maître transforma ce sable en or.
« Puisque votre Roi tibétain et moi sommes connectés par des aspirations antérieures, je vais me rendre au Tibet. »
Tandis qu’ils cheminaient vers la sombre région du Tibet, ils furent reçus par le « laïc » Dorjé Lekpa, le plus puissant de tous les dieux et démons du territoire, accompagné de sa suite de 360 frères, sœurs et serviteurs. Cette multitude rendit hommage au Né-du-Lotus et lui jura son allégeance. Quand le maître atteignit Palthang, les douze déesses Tenma commencèrent à leur imposer des obstacles, en lançant une salve de douze éclairs météoriques. Il les fit tournoyer au-dessus de sa tête avec un mudrā menaçant, et les rendit aussi noires que douze morceaux de charbon. La plus puissante des déesses s’enfuit, mais les onze autres, terrifiées, offrirent leur cœur et leur force vitale et jurèrent allégeance. Quand le maître atteignit Oyuk Rong, la dernière déesse se pressa entre deux montagnes, protégée de part et d’autre, mais il arriva aussitôt au-dessus d’elle, par les airs. Effrayée, elle se sauva vers le nord, au lac Namtso. Le maître lança son vajra dans le lac, atteignant un des yeux de la déesse, et le lac se mit à bouillir, détachant la chair de ses os.
« Successeur du Bouddha ! s’écria-t-elle. Dorjé Tötreng Tsal, Puissant Vajra ! Fais cesser cette obstruction ! Laisse-moi partir, je t’en prie ! Je me plierai à tous tes ordres et serai ta servante ! »
Elle toucha les pieds du Né-du-Lotus avec sa tête et lui offrit sa force vitale. Le maître la lia par serment et la nomma Gangkar Shamé Dorjé Yudrönma, « Lampe turquoise et décharnée du Blanc glacier ».
Le maître se rendit ensuite aux contreforts de Thangla, où Néchen Thangla l’accueillit avec d’autres obstacles – une averse de grêlons ressemblant à des cailloux[16], et des éclairs météoriques. D’un terrible mudrā, Padmākara envoya du feu dont la chaleur fit fondre le sommet du Thangla. Terrifié, Thangla se transforma en enfant pourvu de boucles turquoise. Lui et tout son entourage de dieux et esprits offrirent leur force vitale et devinrent les gardiens des enseignements. De la sorte, le Né-du-Lotus, usant des plus intenses mudrā, domina et subjugua tous les esprits, du plus puissant au plus faible, de la totalité des huit classes de dieux et démons. Il fut alors appelé Dorjé Drolö (« Puissant courroux adamantin », ou « Vajra sauvage et courroucé »).
Le dixième jour du dixième mois lunaire, le Né-du-Lotus est finalement apparu sous une forme physique au cœur du Tibet. Roi, ministres et sujets l’y reçurent avec de la musique et des offrandes variées. Ils l’invitèrent alors à Drakmar Drinzang[17], mais une fois sur place, le roi omit de lui rendre hommage ; le Né-du-Lotus projeta alors du feu de sa main, roussissant les habits royaux. Le roi reconnut immédiatement son erreur et rendit hommage au maître. Par la suite, ce dernier se rendit au sommet du mont Hépori, y exécuta une danse adamantine et soumit à son autorité tous les dieux et esprits nuisibles du Tibet. Le Glorieux Samyé – ce temple inconcevable, immuable et spontanément accompli – put enfin être construit. Il représentait clairement notre système de monde, avec le mont Mérou au centre, les quatre continents, les sous-continents, le soleil, la lune et, tout autour, un anneau de montagnes ferreuses. Samyé devint célèbre dans les trois mondes, le principal objet de vénération pour les dieux, les humains et les nāga[18]. Plus de cent temples y furent érigés. Le grand maître, en déployant diverses émanations magiques, se chargea de la cérémonie de consécration (rabné). Pour ce faire, les déités du temple principal, du rez-de-chaussée et des temples environnants se rassemblèrent à l’extérieur, tandis que celles des étages supérieurs et intermédiaires descendirent dans le temple principal ; en outre, les déités des peintures murales furent aperçues très nettement à l’extérieur. On vit les déités centrales du grand éveil sourire et émettre des rayons de lumière, et tout un chacun put clairement voir que des flammèches dardaient des rideaux qui couvraient les féroces gardiens des portes. La statue d’Hayagrīva, du temple d’Ārya Pālo, hennit trois fois – là encore, tout le monde l’entendit. De la sorte se produisirent des miracles aussi merveilleux qu’inconcevables.
Dans la grotte isolée de Chimpou, [au-dessus] du splendide Samyé, le Né-du-Lotus transmit les enseignements à ses disciples principaux – le roi, son (ou ses) héritier(s), et Karchen Yéshé Tsogyal. Il leur donna les enseignements du Mahāyoga, de l’Anuyoga et de l’Atiyoga, de même que d’innombrables autres enseignements profonds et extraordinaires. Le Né-du-Lotus prit sous son aile les vingt-cinq disciples accomplis, les neuf disciples de cœur, des traducteurs tels que Vairocana, des vidyādhara tels que Dorjé Dudjom, les premiers moines ordonnés, dont Kön Lu’i Wangpo, et des myriades incalculables d’autres disciples fortunés, y compris des ḍākinī qui ont accompli le corps d’arc-en-ciel. Ainsi le Né-du-Lotus tourna-t-il dans son infinie bonté la roue du Dharma du secret insurpassable.
Pour le bien des êtres à des époques ultérieures et dégénérées, le Né-du-Lotus a caché de profondes instructions essentielles sous forme de trésors (terma) dans des montagnes, des grottes et des lacs du Tibet. De plus, afin que les générations futures puissent développer foi et confiance, il a laissé l’empreinte de son corps (kourjé) dans une paroi de vajras empilés à Bumthang[19] ; l’empreinte de ses pieds à divers endroits comme Drakmar, à Paro ; et l’empreinte de ses mains aux quatre grands lacs (Namtso Choukmo et les autres). Ces empreintes laissées par les mains et les pieds du Guru demeurent visibles de nos jours, témoignant de ses nombreux actes merveilleux et inconcevables. Par miracle, il n’y a aucun coin du Tibet où il ne s’est rendu – pas la moindre poignée de terre qu’il n’ait foulée. Il a établi partout des lieux [propices aux] accomplissements, pour conférer de grandes bénédictions à tous ceux et celles qui passeraient par là.
Avec d’inchiffrables manifestations répondant aux capacités et dispositions des êtres, le Né-du-Lotus a accompli une infinité d’actions qui ont procuré des bienfaits inappréciables aux êtres du Cachemire, de la Chine, de la Mongolie et du Shangshoung, notamment. Il a aidé d’inconcevables façons ses disciples fortunés, tant ceux qui ont une forme physique que ceux qui en sont exempts, touchant tous les lieux où résident dieux, humains et nāga, aussi nombreux qu’il y a de grains de sable sur cette vaste terre. Comme on peut le lire dans Les instructions clés et secrètes pour l’accomplissement du maître[20] :
Jusqu’aux confins de l’espace,
On trouve des êtres vivants ;
Tant que dureront le karma et les perturbations,
Mes activités, de même, s’y déploieront.
Le Né-du-Lotus est resté au Tibet pendant cent onze ans. Puis, il est parti pour vaincre le pays des rakṣasa. Afin que le roi, ses ministres et ses sujets ne s’opposent pas à son départ, il a offert son dernier testament et ses dernières instructions orales à tous ses disciples tibétains. Il a également offert sa promesse de vajra : qu’il viendrait chaque matin et chaque soir auprès de ceux et celles qui ont foi, et que le dixième jour de chaque lune croissante, il viendrait protéger et défendre le peuple tibétain.
Le dixième jour du dixième mois lunaire, depuis le col de Goungthang, au milieu d’un déploiement enchanteur d’innombrables phénomènes miraculeux, le Né-du-Lotus s’en alla sur son coursier suprême vers le sud-ouest pour y soumettre les rakṣasa. Dieux et déesses s’amassèrent dans le ciel, présentant des offrandes sans bornes et jouant une multitude de musiques. Une pluie de fleurs tomba et des arcs-en-ciel apparurent.
Le Né-du-Lotus demeure [actuellement] au pays des rakṣasa, où il adopte une forme spéciale pour y dompter les êtres. Il les mène sans cesse au Dharma en tournant continuellement la roue du Dharma, et en déployant de multiples manifestations magiques qui éveillent la bonté dans le cœur de tous les êtres.
Il est évident que le Guru est effectivement apparu, et il est impossible de nier ses actes nobles et inconcevables – lui dont la bienveillance imprégnera à jamais les trois mondes.
C’était là un récit extrêmement concis de la vie et de la libération du Précieux Guru. Pour plus de détails, veuillez consulter les biographies du maître rapportées dans le Péma Kathang[21] et d’autres textes.
2. Introduction au merveilleux festival du dixième jour
Il y a chez les Tibétains différentes traditions pour déterminer le début de l’année. Une tradition communément acceptée consiste à faire commencer l’année au premier mois lunaire, appelé Māgha[22]. Toutefois, des traditions du Kālacakra font commencer l’année au troisième mois lunaire, appelé Caitra ; et selon des tantras tels que Les quatre chapitres adamantins, La conduite des yoginī, L’océan des ḍākinī de Cakrasaṃvara, Le palais de vajra[23], et bien d’autres encore, l’année débute au douzième mois lunaire, appelé Pauṣa. Jadis, au Tibet, on célébrait d’ailleurs le Nouvel An pendant le Pauṣa. Depuis lors, la tradition selon laquelle on détermine le dixième jour de la lune croissante et décroissante est acceptée par tout un chacun. Dans les tantras du Vajrayāna, il est expliqué que le dixième jour de la lune croissante de chaque mois, de même que le dixième jour de la lune décroissante (ou vingt-cinquième jour) sont des jours spéciaux. Ce fut particulièrement le dixième jour de la lune croissante que le Second Bouddha d’Uḍḍiyāna a déployé ses actes vastes et miraculeux – merveilles relevant du corps, de la parole, de l’esprit, des qualités et des activités éveillées – dans le monde entier et plus spécifiquement en Inde et au Tibet. De même, par amour pour nous, le Né-du-Lotus a promis que ce serait surtout le dixième jour de la lune croissante que les bénédictions de sa sublime compassion se poseraient sur le Pays des Neiges et son peuple, de même que sur tous ses disciples dévoués qui, comme nous, ont besoin d’être guidés par lui.
Dans les Instructions orales sur l’Union secrète[24], on lit :
En ce jour unique – le dixième du mois du singe –,
De même que le dixième jour de chaque mois,
J’enverrai des émanations, assez pour remplir le monde
Et accorder une abondance de siddhis ordinaires et suprêmes.
Si vous consacrez votre vie à l’accomplissement du Maître,
Alors, quand viendra le moment de la dissolution,
Vous vous fondrez dans mon cœur – Uḍḍiyāna.
La Sampa lhündroupma – La Prière à Guru Rinpoché qui accomplit spontanément tous les souhaits[25] dit :
Quand nous arrivons aux tréfonds de ces temps dégénérés,
Chaque matin et chaque soir, tu viens pour ceux qui ont la dévotion,
Chevauchant les rayons du Soleil levant et couchant ;
Et le dixième jour de la lune croissante, tu te manifestes en personne.
Dans les trésors révélés par Ratna Lingpa[26], on lit :
J’ai beau être parti au pays des rakṣasa,
Chaque année du singe, le dixième jour du mois du singe,
Et chaque dixième jour de chaque mois, sans exception,
Je reviendrai en personne – c’est une promesse.
Le Né-du-Lotus ne trompe aucun être ;
Alors, chers disciples, ne doutez plus.
Une promesse relevant de la parole adamantine du Né-du-Lotus ne peut jamais être trompeuse. Dans le Guide pour l’accomplissement du guru[27], il est dit :
Le dixième jour du mois du singe, en l’an du singe,
J’apparaîtrai, moi qui viens de l’Uḍḍiyāna, dans tout le Tibet.
Soyez-en assurés : c’est mon engagement et ma promesse.
Chaque dixième jour du mois, je viendrai
Et remplirai le Tibet de mes émanations.
C’est là mon engagement sacré.
Le Né-du-Lotus est incapable d’induire les autres en erreur.
À tous ceux et celles qui ont de la dévotion : concentrez-vous sur moi ;
Faites une torma évoquant un joyau étincelant, ornez-la d’un bâton d’encens,
Et appelez-moi avec de la musique et le son d’un tambour crânien.
Récitez la prière en sept lignes en m’invoquant avec une mélodie fervente.
Alors, depuis la colline de Cāmara, moi de l’Uḍḍiyāna,
Comme une mère incapable de résister
Aux pleurs de son tendre enfant,
Je viendrai accorder mes bénédictions.
C’est ma promesse ; y manquer me conduirait en enfer.
Le Né-du-Lotus a fait de nombreuses promesses adamantines et infaillibles comme celles-ci. Le dixième jour est un moment particulièrement puissant, puisqu’il est en lien avec la naissance de notre précieux maître. En effet, c’est le dixième jour du mois du singe, en l’an du singe de bois, que le nirmāṇakāya doté des trente-deux marques majeures et des quatre-vingts marques mineures est apparu miraculeusement sur les anthères d’un lotus en fleur, sur une île de l’océan Sindhu. Il est dit que faire une vaste offrande de festin ce jour-là engendre un mérite cent mille fois plus merveilleux que lors de tout autre jour. Des savants ont diversement interprété le mois du singe comme étant le cinquième, le sixième ou le septième du calendrier tibétain. Néanmoins, seuls les esprits puérils s’entêtent à contester le moment exact où l’activité éveillée consistant à apprivoiser les êtres est effectivement entrée en ce monde. Il n’y a en fait aucun conflit dans le choix de l’une ou l’autre de ces dates. Par exemple, le grand vidyadhara Jigmé Lingpa a dit :
Le sixième mois, au lever du soleil le dixième jour,
Il apparaîtra sur un lotus en fleur sur [le lac] Dhanakośa.
Ainsi, Jigmé Lingpa a identifié le mois du singe comme étant le sixième mois tibétain. Toutefois, il n’y a aucun mal à choisir l’une ou l’autre des autres dates. Dans le tantra racine de Cakrasaṃvara[28], on lit :
En particulier, le dixième jour de la lune croissante et le dixième jour de la lune décroissante (le vingt-cinquième jour), les yoginī viendront. Reconnaissez donc que ce sont là des moments spéciaux, extraordinairement positifs. À ces moments-là, les ḍākinī viennent depuis les terres, charniers et lieux sacrés externes. Sur le plan interne, au sein du corps adamantin, nāḍi, prāṇa et bindu se réuniront ; on parle alors d’une « réunion intime[29] ». Cette période est considérée comme suprême, puisque sont alors réunies les circonstances interdépendantes externes et internes propices à l’accomplissement – favorables à l’infinité des activités de pacification, d’accroissement, de magnétisation et de subjugation.
Lochen Dharmaśrī a dit :
Le dixième jour de la lune décroissante (le vingt-cinquième jour), les ḍākinī se rassembleront dans les sites sacrés extérieurs, et intérieurement, les nāḍi, prāṇa et bindu se réuniront. C’est donc un moment extraordinaire. En particulier, pendant la journée du dixième jour et pendant la nuit du vingt-cinquième jour, les ḍākinī accomplies se réuniront là où séjournent les pratiquants. Par conséquent, chaque fois que vous entamez une activité, tâchez de commencer ces jours-là !
L’omniscient Longchen Rabjam a dit[30] :
Le dixième jour de la lune ascendante et le dixième jour de la lune descendante, pendant le jour et la nuit, efforcez-vous de pratiquer l’approche et l’accomplissement ; offrez gaṇacakra, satisfaction et confession.
Voici ce que recense Ngawang Rinchen dans son testament expliquant l’histoire des trésors du Nord[31] :
Aux adeptes de mes enseignements :
Si vous voulez que le Tibet connaisse le bonheur et la paix,
Sachez qu’au lever du soleil, le dixième jour de la lune croissante,
Une émanation de moi-même, Uḍḍiyāna, apparaîtra.
Ce jour-là, engendrez de la dévotion envers moi ;
Idéalement, observez l’état naturel pendant vos pratiques de génération et de perfection ;
Fondez les pratiques externes, internes et secrètes
Sur l’excellente motivation de la bodhicitta ;
Exprimez de vastes aspirations pour créer la connexion karmique
Vous permettant de devenir un guide pour les êtres des six domaines.
Par ailleurs, purifiez les obscurcissements du corps, de la parole et de l’esprit,
Et efforcez-vous d’accumuler du karma positif.
Contribuez à propager les enseignements du Bouddha et construisez des sanctuaires[32].
Prenez les vœux laïques d’un jour, confectionnez des tsa-tsas,
Libérez des créatures vivantes et récitez des prières de rachat[33],
Bâtissez des ponts pour que les gens puissent traverser les passages dangereux en toute sécurité,
Présentez des offrandes au saṅgha, faites des circumambulations,
Et adressez-moi des prières avec dévotion.
Quelle que soit l’action vertueuse qui vous inspire, accomplissez-la, et priez-moi avec dévotion !
Au minimum, au lever du soleil le dixième jour,
Ne commettez pas d’acte non vertueux, comme le fait de prendre des vies.
Donnez ce que vous pouvez aux invalides, aux mendiants,
Aux chiens et autres animaux qui se trouvent près de votre demeure, et cultivez la compassion.
En bref, le dixième jour de la lune croissante,
Qui que vous soyez, et où que vous vous trouviez,
Faites des offrandes au Bouddha et aidez les êtres sensibles,
Écrivez révérencieusement des syllabes mantriques,
Ou, mû par la compassion, préparez des bols d’offrandes d’eau.
Adonnez-vous à ce genre d’activités le jour du Né-du-Lotus !
Ce jour-là, en raison de mes aspirations antérieures,
Tout mérite sera multiplié cent mille fois,
Et ma compassion vous protégera promptement.Chers disciples de mon cœur :
Si vous voulez que le Tibet connaisse le bonheur et la paix,
Établissez l’excellente loi du Dharma comme loi du pays.
Mon exemple et ma libération vous nourriront[34].
Quelque sādhana externe, interne ou secret que vous pratiquiez
Pour accomplir les sūtra, les tantras, les enseignements et les instructions essentielles,
Faites-le sans omission, ni ajout, ni altération.
Si vous suivez ces conseils, alors soyez-en certains :
Il ne fait aucun doute que le Tibet connaîtra la paix et le bonheur !
La prière du grand cinquième Dalaï Lama intitulée Nuées de bénédictions raconte les actions du Guru :
En toute activité – pratiques, offrandes, prières ou louanges –,
Si l’on invoque ton être de sagesse avec une dévotion inébranlable,
Alors, au lever du soleil, en l’excellent dixième jour, tu viendras !
C’est là ta parole adamantine, ta promesse sacrée !
Dans le Guide secret pour l’accomplissement du guru[35], on lit :
Quand vous méditez clairement
Sur la phase de génération
De quelque sādhana que ce soit,
Je suis là, devant vous.
Quand vous préparez le maṇḍala
Et disposez les tormas et les substances d’offrandes,
N’en doutez pas : je viens à vous.
Je viens à vous, incapable de résister,
Quand vous m’adressez avec dévotion
Des prières puissantes et ferventes –
Moi, le Né-du-Lotus d’Uḍḍiyāna, je viens à vous !
Et :
Méditez sur moi, le Guru ; accomplissez-moi ; suivez-moi.
Me voir, c’est voir tous les bouddhas.
Et comme je suis l’essence même de tous les sougatas,
Je viendrai au Tibet chaque dixième jour.
Par conséquent, vous remémorant la vie et la libération du Né-du-Lotus, faites des prières ferventes.
Dans le Péma Kathang, le précieux maître s’adresse à la princesse[36] :
Dans ce noble champ que le Bouddha a apprivoisé,
Une émanation de l’Enseignant se trouve devant chaque être.
Dans les temps anciens, j’étais Amitābha, le Seigneur de la lumière infinie ;
Sur le mont Potala, le Seigneur qui voit[37] ;
Et sur le grand lac Dhanakośa, Padmasambhava.
Je semble avoir ces trois identités,
Mais en vérité, elles ne sont jamais séparées.
Samantabhadra dans le dharmadhātu,
Le Grand Vajradhara dans le champ pur de Gaṇdavyūha,
Et le Puissant [Sage] sur le Trône adamantin[38] :
Ils sont inséparables, par nature Padmasambhava, et donc nul autre que moi.
Mes bénédictions, porteuses de bienfaits pour les êtres, sont grandes et merveilleuses.
Dans le terma de Ratna Lingpa intitulé L’invocation d’Uḍḍiyāna à l’occasion du dixième jour[39], on trouve ce qui suit :
En bref, les façons dont je dompte [les êtres] dépassent l’entendement,
Car la bonté d’Uḍḍiyāna n’est pas minime, mais immense !
Chaque royaume[40] doit avoir un endroit éminemment sacré
Qui sera un monument à la gloire d’Uḍḍiyāna ;
À chaque frontière se trouvera une mine de trésors
Commémorant également Uḍḍiyāna.
Et[41] :
De même, il est dit que les divers rituels et pratiques visant à subjuguer les forces malveillantes, qui sont exécutés dans chaque village par des moines et des pratiquants laïcs des mantras secrets, sont comme autant de monuments commémoratifs du maître d’Uḍḍiyāna.
Le texte ajoute :
En bref, mes façons d’aider dépassent l’imagination,
Et seront autant de mémoriaux [du maître] de l’Uḍḍiyāna.
À l’avenir, quand les gens me réclameront
Et penseront à moi avec un tendre amour,
Je serai bel et bien là, à leurs côtés.
De même pour tous ceux et celles qui le dixième jour de la lune croissante
Se souviennent de moi et font acte de commémoration :
Eux et moi, nous ne serons jamais séparés…
Cependant, pour moi, en vérité, il n’y a ni allée, ni venue.
Vous me rencontrez quand votre karma et vos obscurcissements
Sont tous deux purifiés.
Conformément aux prières et aux perceptions relatives
Des êtres que je dois apprivoiser,
Je réside effectivement au pays des rakṣasa.
Et pourtant, comme le courant de ma compassion est ininterrompu,
Je suis constamment présent pour ceux et celles qui ont foi en moi.
Le grand maître de l’Uḍḍiyāna a dit :
Pour quiconque, homme ou femme, a foi en moi, le Né-du-Lotus,
Je ne suis jamais parti ; je demeure au seuil de sa porte.
Il n’y a nulle mort, pour moi.
Une émanation du Né-du-Lotus
Sera présente devant chaque être qui a foi en moi, sans exception.
Au quatrième chapitre du Précieux trésor de la transmission orale découvert par Ratna Lingpa, on trouve ce qui suit parmi les conseils offerts à Yéshé Tsogyal[42] :
De temps à autre, va à un endroit plaisant, le sommet d’une montagne ou une vallée déserte, et adresse-moi des prières de toutes tes forces – si haut et fort que tu en viens à sentir que ta tête est sur le point d’éclater ! Remplie de dévotion, laisse la lassitude à l’égard du saṃsāra et le souhait ardent de t’en libérer imprégner tout ton être, jusqu’à pleurer à chaudes larmes. C’est là une instruction cruciale, puisque cela purifiera de très nombreux obscurcissements karmiques.
Donc, tout en chérissant dans votre cœur ces infaillibles promesses adamantines du Né-du-Lotus, faites des prières ferventes !
3. Explication du gaṇacakra
Une fois qu’on est sur la profonde voie des moyens habiles – le Vajrayāna des mantras secrets –, la méthode spéciale qui accomplit promptement les deux accumulations est le gaṇacakra[43]. Dans le contexte même du gaṇacakra, on distingue quatre « rassemblements[44] », comme l’expliquent Les étapes de l’activité de vajra[45] :
Quand les amis se réunissent, c’est ce qu’on appelle le « rassemblement des pratiquants ». Quand tous les éléments sont présents, c’est ce qu’on appelle le « rassemblement de la bienheureuse abondance ». La réunion des déités et des protecteurs assermentés constitue le « rassemblement de la grande assemblée ». On peut alors clairement désigner la perfection continue des deux accumulations comme le « grand rassemblement ».
Premièrement, si le rassemblement des pratiquants est constitué uniquement de moyens habiles (c’est-à-dire de pratiquants masculins) ou uniquement de sagesse (c’est-à-dire de pratiquantes), on parle alors d’un « festin de héros » ou d’un « festin d’héroïnes », respectivement. Si sagesse et moyens habiles sont tous deux présents, le rassemblement est qualifié de « rassemblement des êtres fortunés ». Deuxièmement, le rassemblement des composantes telles que nourritures, boissons, vêtements, ornements, chants, danses, union et libération, constitue le « rassemblement de composantes abondantes ». Troisièmement, installer une représentation du maṇḍala de sagesse – déités, palais, gardiens – et méditer en y voyant le fondement des siddhis constituent le « rassemblement des déités réjouies[46] ». Quatrièmement, la continuité des deux accumulations porte le nom de « grand rassemblement ». Le gaṇacakra des moyens, la conduite appliquée de l’étape de génération impliquant les apparences, tout cela relève de l’accumulation de mérites. L’étape de perfection impliquant la sagesse de la réalisation et la familiarisation avec le fait que l’intégralité du profond assemblage est non né – voilà qui parachève l’accumulation de sagesse.
Quant aux substances de festin : rassemblez tout ce que vous pouvez acquérir, en particulier les cinq viandes et les cinq amṛta, puisque la viande et l’alcool sont indispensables. Le Heruka galpo[47] donne des détails :
Dorje tsé, galché, jamdé, datrom, jagat, tsétri, dzagué, māṃsa, trenmo, shamo, kountougyu, amra, gunbroum, agarou, nali, guégyé, et ainsi de suite.
On peut expliquer ainsi cette terminologie secrète : dorjé tsé est de la pâte[48] ; galché est une pâte de farine mélangée à de l’alcool de riz ; jamdé, du lait ; datrom, du beurre et du fromage ; jagat, de l’alcool ; tsétri, des aliments amers ; dzagué, du yogourt et des pâtisseries ; māṃsa, de la viande ; trenmo, des condiments[49] ; shamo, des fruits ; kountougyu, du sel ; amra, de la chair humaine ; gunbroum, de la viande d’éléphant ; agarou, de la viande de cheval ; nali, de la viande de vache ; et guégyé, de la viande de chien. En somme, réunissez les nourritures et boissons que vous êtes en mesure d’acquérir. Concernant les substances de festin[50], le grand Atiśa a dit :
Nul mérite n’affluera vers le Tibet, parce que les substances offertes sont si peu nombreuses !
Par ailleurs, il est expliqué qu’il est inapproprié d’offrir uniquement ce qu’on est en mesure de manger. Donc, ne nous contentons pas de déposer inconsidérément un seul sachet de nourriture. Disposez les articles joliment sur la peau d’un animal carnivore, ou sur un tissu peint qui la représente. Placez-les dans un kāpāla ou un autre contenant précieux. Déposez la nourriture à droite de l’autel et les boissons à gauche. Arrosez les substances de festin avec quelques gouttes d’eau propre pour les purifier. Avec raṃ, yaṃ et khaṃ, toutes les habitudes de saisie dualiste envers les objets sont brûlées, balayées et lavées, et les fautes et défauts des substances offertes sont nettoyés. Avec les trois syllabes (oṃ, āḥ et hūṃ), les substances sont purifiées et multipliées, et ainsi consacrées, devenant autant de multitudes de plaisirs sensoriels. Ensuite, arrosez les substances de festin avec quelques gouttes d’amṛta. Quand vous aspergez délicatement les substances avec de l’eau parfumée, imaginez que l’assemblée des courroucés émane de l’eau parfumée et expulse les créateurs d’obstacles. De plus, imaginez qu’une lumière émane de vous (sous l’aspect de la déité), que les plaisirs sensoriels de l’intégralité des mondes sont réunis, et qu’ils se fondent dans les substances d’offrandes. Il est dit qu’il s’agit là d’un point clé.
N’utilisez pas de substances impures, inappropriées, obtenues par de mauvais moyens de subsistance, et cetera. Sachez ce qu’il faut adopter et abandonner ; vous éviterez ainsi les erreurs, comme de manger avant que le festin ait été offert, de diminuer les restants, ou de vous comporter en « loup des festins[51] ». Les détenteurs de purs samaya réunis pour l’occasion – les frères et sœurs de vajra – devraient se retenir de tout comportement irrespectueux, qu’il s’agisse, par exemple, de plaisanter, de bavarder ou d’être inattentif. Maintenez la « conduite yogique de la présence éveillée », faites une prosternation complète ou symbolique[52], et assoyez-vous.
Puis, imaginez que toute l’assemblée des déités du maṇḍala, avec les déités des trois racines et les protecteurs, sont invités depuis les terres pures des dix directions et qu’ils prennent place dans le ciel devant vous, comme autant de nuages qui s’amoncellent. Le Heruka galpo explique :
Premièrement, offrez les six plaisirs sensoriels.
Deuxièmement, procédez à une confession avec les substances de samaya, l’amṛta.
Troisièmement, servez les agrégats des ennemis et créateurs d’obstacles.
Selon ce texte, les substances d’offrandes sont donc divisées en trois portions. D’autres textes décrivent quatre ou cinq portions. Quel que soit le texte que vous suivez, quand vous offrez la première portion, visualisez que les déesses des plaisirs sensoriels emplissent le ciel et présentent à toute l’assemblée des déités des nuées d’offrandes incroyablement vastes et variées. Alors, tandis que l’assemblée savoure ces offrandes, imaginez que les deux accumulations sont parachevées.
Pour la deuxième portion – la confession –, imaginez que les substances de samaya, telles que les cinq viandes et les cinq amṛta, sont en essence l’amṛta de sagesse. Les déités, qui savourent les substances offertes, débordent d’amour. Quand on confesse toutes les souillures et brisures en leur présence, alors toutes les corruptions et dégradations de samaya – toutes les détériorations sans exception – s’en trouvent purifiées. Tout dommage[53] en lien avec les déités de sagesse est donc restauré.
Pour la troisième portion – l’offrande de libération –, effectuez la libération du soi en actualisant la vue, cette forteresse de la dharmatā ; la méditation, qui évite les écueils relatifs au samādhi ; et l’action, qui est la force vitale de la compassion[54]. Comme l’expliquent les tantras :
Le grand samaya de la libération par la compassion
N’implique pas de tuer [par colère] ni de réprimer [par ignorance].
Mon corps tout entier se transforme en corps de vajra,
Et ma conscience se transforme en vajra, [sa véritable nature][55].
La personne qui accomplit le rituel de libération doit donc incarner tous les profonds aspects essentiels de la réalisation et de la conduite :
être entièrement motivé par la grande bodhicitta ;
avoir la capacité de libérer les autres par la compassion[56] ;
être stable, puissant et concentré[57] ;
accomplir les trois visualisations claires[58] ;
maintenir le samādhi des trois satisfactions[59] ;
adopter les trois supports (vie, purification et lieu)[60].
Une telle personne libère alors ses ennemis, les vilains malfaiteurs qui ont commis les sept violations[61] et qui présentent donc chacune des dix bases[62]. Elle les libère par les profondes méthodes de la subjugation féroce et courroucée. La conscience des êtres libérés est alors envoyée au paradis d’Akaniṣṭha, leur point d’entrée étant celui de l’union entre le Victorieux Seigneur et la Victorieuse Dame. Les êtres en question renaissent alors en tant que fils et filles de la famille éveillée. C’est ce qu’on appelle « prendre soin des autres » par les moyens habiles des mantras secrets. Puisque c’est un sujet vaste et complexe qui dépasse le cadre du présent exposé, je m’en tiendrai là.
Dans le cas d’une simple offrande de festin, la procédure concernant la troisième portion va comme suit. Après avoir invoqué, lié, enchaîné et intoxiqué les ennemis et les créateurs d’obstacles, imaginez que les déités courroucées « qui expédient la conscience » savourent la troisième portion en tant que samaya de la « nourriture adamantine ». Arrosez-la avec quelques gouttes d’amṛta, et offrez ladite portion.
Les trois portions (la première, celle de la confession, et celle de la libération) sont bénies avec l’amṛta puis offertes à la torma. Si cela s’avère impraticable, vous pouvez « offrir les portions symboliquement[63] » et les disposer dans l’ordre, devant vous, aussi bien que vous le pouvez. Il existe diverses traditions « d’offrande de satisfaction[64] », et il est courant et acceptable de la faire après l’offrande de libération. Arrosez l’offrande de satisfaction avec quelques gouttes d’amṛta, visualisez les invités en général (tels que les protecteurs des séjours purs), et déposez l’offrande à un endroit propre, à l’extérieur. Il est dit qu’on peut alors insérer ici n’importe laquelle des innombrables activités – par exemple, l’octroi d’une initiation, un rituel de consécration (rabné) ou une offrande de feu (jinsek).
Ensuite, l’assistant rituel met de côté une portion du festin. Il rend hommage et, les bras croisés[65], dit, « Veuillez accepter cette offrande de festin ! », et ainsi de suite[66]. Cette personne offre ainsi le festin au maître de vajra. Ce dernier, à son tour, fait le mudrā du lotus et prend sa part avec le mudrā à trois pointes. Le ou les assistants rituels distribuent ensuite le festin à toute l’assemblée, en commençant par le début des rangées. Le maître de vajra et les élèves délaissent toute conduite insouciante, maintiennent les trois maṇḍala[67], et récitent ensemble « Les agrégats, les éléments et les organes sensoriels de mon corps…[68] ». Visualisez les déités du maṇḍala des cent déités[69], l’essence sacrée des trois bases de la complétude (agrégats, éléments, sphères sensorielles…[70]). Rappelez-vous la pureté du corps de vajra. Reconnaissant que vos cinq doigts ne sont autres que les cinq déesses des plaisirs sensoriels, tenez nourriture et boisson, visualisez-les comme l’amṛta de la félicité-vacuité (selon la voie de la méthode) ou encore comme l’amṛta de sagesse (selon la voie de la libération), offrez le festin de façon à susciter les six satisfactions[71], et savourez les offrandes. Puis, récitez des prières d’aspiration, telles que celle commençant par « En faisant cette offrande, à la cité des Glorieux heruka…[72] ». Par ailleurs, abstenez-vous de mépriser ou de dédaigner les substances de samaya, en en acceptant certaines et en en refusant d’autres. Évitez les huit infractions[73], comme le fait de se quereller, d’être bruyant ou plaisantin.
Les six satisfactions listées par Jigmé Lingpa impliquent de :
- satisfaire les déités du champ d’accumulation, avec des offrandes ;
- satisfaire les yogin, avec les nourritures et boissons adamantines ;
- satisfaire le maṇḍala de sagesse, avec l’essence de l’amṛta ;
- satisfaire les déités du maṇḍala du corps, avec la sagesse de la félicité-vacuité ;
- satisfaire les ḍākinī externes et internes, avec des chants ;
- satisfaire les esprits arrogants et leurs suites, avec la torma.
Libre de l’espoir et de la crainte, et exempt de pensées s’attachant aux concepts de « pur » et « impur », rappelez-vous que l’intégralité des apparences et de l’existence est le déploiement d’une pureté infinie, et qu’il en a toujours été ainsi, depuis les temps sans commencement. Appréciez les offrandes des plaisirs sensoriels dans cette optique, et recevez-les comme autant de siddhis. Visualisez vos agrégats, vos éléments et vos organes sensoriels comme étant les déités masculines et féminines, et satisfaites-les avec l’amṛta blanche et rouge des essences des canaux. Imaginez le ravissement de toute l’assemblée des déités du maṇḍala du corps. C’est ce qui constitue le gaṇacakra externe des plaisirs sensoriels. Imaginez que tous les yogin et yoginī sont en essence les iṣṭadevatā, ḍākinī, vīra et vīrā. Puis, par la bénédiction de l’espace secret, et par la descente et l’ascension de l’énergie de l’union, établissez la sagesse des quatre joies. C’est là le gaṇacakra intérieur. Le gaṇacakra secret consiste quant à lui à reposer, sans altération ni fabrication, dans l’essence innée de l’état naturel, la sphère de la sagesse primordiale de la grande félicité, libre de toute élaboration.
Si vous souhaitez interpréter des danses et chants de vajra, considérez ces mots de La guirlande de perles[74] :
Pour le gaṇacakra, recevez les initiations, entrez dans le maṇḍala,
Et offrez assidûment des chants !
Donc, quand vous nagez dans l’océan de la réalisation et de la conduite de l’inconcevable dharmatā, adonnez-vous activement aux chants et danses de vajra ! L’union du soleil et de la lune[75] décrit les merveilleux bienfaits de ces chansons et danses adamantines :
Le chant de vajra immaculé
Comble l’esprit de tous les bouddhas,
Favorise l’expérience des yogin,
Captive l’esprit des ḍākinī,
Et dénoue les attachements au saṃsāra pour les six classes d’êtres.
Le tantra parle longuement des bienfaits.
Ensuite, toute l’assemblée, sans la moindre avarice, donne des restes de nourriture, lesquels sont collectés à partir de l’extrémité des rangées. Dans le cadre d’une pratique d’accomplissement[76], ces restants sont « enfermés » pour la durée de la pratique. Puis, pour l’accomplissement de la « prompte activité », ils sont déposés à la limite nord-est du maṇḍala. Comme le mentionne le Heruka galpo :
Dans le maṇḍala des restants, à la limite nord-est,
Dessinez des « E » ou des croissants avec du rakta sur la peau d’un transgresseur.
De même, dans les maṇḍala au nord-est et au sud-ouest : pour les activités paisibles, dessinez un maṇḍala circulaire avec de l’eau parfumée ; pour les activités courroucées, dessinez un dharmodaya[77] et un croissant sur la peau d’un transgresseur[78]. Dans le cas d’une pratique d’un jour, les restes purs et impurs sont placés l’un sur l’autre[79], puis bénis et consacrés. Les restants purs sont offerts aux sept rangs supérieurs, tandis que les restants impurs [collectés auprès] des yogin sont offerts aux sept rangs inférieurs. Dans le triangle infini, bleu foncé, en périphérie, visualisez le maṇḍala des restants : un palais avec des portes, l’assemblée de déités paisibles et courroucées, les terres et lieux sacrés, et les convives des sept rangs supérieurs et des sept rangs inférieurs, y compris les ḍākinī, kiṃkara et rākṣasa. Appelez-les et invitez-les en sifflant. Imaginez alors qu’ils viennent et se réunissent dans le triangle en périphérie, comme une nuée de corbeaux se posant sur une plaine, et récitez[80] :
« Premièrement, offrez la meilleure portion[81]. »
Puisque la meilleure portion est destinée à l’assemblée des déités paisibles et courroucées, il faut l’offrir en premier, aux convives des sept rangs supérieurs.
« Deuxièmement, savourez l’union des deux inséparables. »
L’assemblée des mātṛkā et ḍākinī la savoure avec eux[82].
« Troisièmement, comblez les invités avec les restants. »
Offrez ensuite les restants à leurs propriétaires respectifs – les convives des sept rangs inférieurs, tels que les ḍākinī, kiṃkara et rākṣasa. Pour ce faire :
« Bénissez les restants avec de la salive[83]. »
Cette méthode fait confluer le samaya avec les respectables détenteurs des restants, tels que les ḍākinī, kiṃkara et rākṣasa[84].
« Il y a donc une division tripartite. »
À l’instar de la façon dont les choses opèrent dans le monde ordinaire, il y a une grande différence entre le seigneur et les sujets[85].
« Enfin, mélangez-les indissociablement, de sorte qu’ils ne fassent qu’un. »
Dans le cas d’une activité d’apaisement, d’enrichissement ou de magnétisation, posez-la en dessous ; pour une activité courroucée, placez-la au-dessus[86].
Dédiez la pratique selon la tradition de nos nobles ancêtres spirituels. La nuit, et pour vous prémunir d’une « rencontre directe », déposez une lampe allumée dans les restants[87]. L’assistant rituel, coiffé du chapeau cérémoniel, va à l’extérieur et apporte les restants à soixante-dix pas de la salle de pratique. C’est ce qu’on appelle le « chemin de ravitaillement des rakṣasa ». L’assistant y dépose les restants sur un plateau d’offrandes.
Selon le Heruka galpo, les êtres des sept rangs supérieurs sont :
1. ceux qui sont appelés depuis l’espace omnipénétrant
2. les détenteurs de bénédictions authentiques
3. la grande méthode révélée sous un aspect masculin
4. la grande sagesse révélée sous un aspect féminin
5. les huit gaurī courroucées
6. les grandes piśacī locales
7. les quatre gardiennes des portes de la sagesse
Ils constituent le maṇḍala des sept rangs supérieurs.
Quant aux êtres des sept rangs inférieurs, les voici :
1. les trente-deux ḍākinī magiques
2. les huit grands kiṃkara qui savourent l’union et la libération
3. le trois rākṣasa qui offrent l’étendue de leur réalisation
4. les huit jvāla qui causent du tort au corps, à la parole et à l’esprit
5. les māra, les rākṣasa, les sept mātṛkā et les quatre bhaginī
6. les soixante-quatre dūtī des lieux sacrés
Ce sont les six rangs qui possèdent les restants impurs. On compte également :
7. les vingt-huit qui possèdent les restes tant purs qu’impurs
Enfin, voici comme procéder quand vous souhaitez accumuler une centaine d’offrandes de festin pour des occasions spéciales. Après avoir récité toute la section du rituel principal consacrée au gaṇacakra, répétez les étapes allant de la bénédiction jusqu’à la conclusion (où il est question des restants). Une récitation de cette partie du texte compte pour une offrande dans le cadre de votre accumulation. Dans la tradition de Mindroling, une offrande symbolique est offerte au maître de vajra après chaque accumulation, et une partie de cette même offrande est également dédiée symboliquement en tant que restant. À la fin, une fois le rituel dûment complété, les convives s’en vont ou se dissolvent simultanément.
4. Les merveilleux bienfaits des offrandes de gaṇacakra
Le Filet de vajra dit :
Parmi les accumulations de mérites, le gaṇacakra est suprême.
Tous les souhaits de cette vie seront exaucés.
Les forces négatives et les obstacles seront pacifiés.
Dans la vie suivante, au royaume des victorieux vidyādhara,
On atteindra le niveau de Samantabhadra.
Il est également dit[88] :
Les fautes associées aux transgressions de samaya seront dissipées.
Toutes choses défavorables seront vaincues.
L’offrant accomplira tout ce qu’il désire.
Cette personne engrangera et cumulera la vertu.
Tous les aliments du festin octroieront des siddhis.
Les déités et esprits des restants seront satisfaits.
Performer le rituel du gaṇacakra accordera promptement
Le siddhi du mahāmudrā – sa prophétie et son accomplissement.
Donc, en somme, cette méthode permet aux pratiquants et pratiquantes de parfaire les deux accumulations et de restaurer tout bris et toute dégradation de samaya. Ainsi rejoint-on les rangs des heruka.
Yéshé Tsogyal a dit :
Le dixième jour de la lune croissante et le dixième jour de son déclin,
De même que les huitième et quinzième jours[89],
Rassemblez le gaṇacakra et faites des offrandes.
Offrir le gaṇacakra ne serait-ce qu’une fois fermera les portes menant aux mondes inférieurs.
N’est-il pas certain qu’on renaîtra à un niveau irréversible ?
Comprenez qu’on peut parvenir à cette conclusion avec certitude, par la logique.
Le vainqueur Longchen Rabjam a dit[90] :
Le profond gaṇacakra est plus méritoire que toute autre vertu conditionnée.
Ses merveilleux bienfaits vont comme suit :
Il parachève les accumulations de mérites et de sagesse.
Il restaure toutes les transgressions de samaya.
Des assemblées de ḍāka et ḍākinī se réuniront dans les lieux où séjournent les pratiquants et accompliront les activités.
Les maîtres et l’assemblée des déités du maṇḍala seront ravis.
L’océan des gardiens liés par samaya veillera sur vous et vous protégera.
Votre vie actuelle sera longue et libre de maladie.
Vous connaîtrez la renommée, savourerez des plaisirs nombreux et recevrez une aide abondante.
Tout ce que vous souhaitez sera accompli aisément et instantanément.
Vous atteindrez les siddhis ordinaires et suprême.
Tous les obstacles et toutes les négativités seront purifiés,
Et dans une vie future, vous parviendrez à l’éveil insurpassable.
De la sorte, vous profiterez de qualités inconcevables et indescriptibles !
Yéshé Tsogyal a dit :
Si, le dixième jour de la lune croissante et le dixième jour de son déclin (c’est-à-dire le vingt-cinquième jour du mois lunaire),
Vous adressez des prières avec une dévotion fervente, du fond de votre cœur,
À Orgyen Tsokyé Dorjé, le Vajra Né-du-Lac d’Uḍḍiyāna,
Et son entourage de ḍāka et ḍākinī ;
Et si, en outre, vous générez la bodhicitta – ce cœur immense,
Cet esprit d’éveil axé sur le bien des êtres –
Et vous efforcez d’offrir un gaṇacakra où que vous vous trouviez –
Quel que soit le lieu ou la région, qu’il s’agisse d’un grand site sacré, d’un monastère, d’une ville ou autre –,
Vous récolterez des bienfaits et résultats qui dépassent l’imagination.
Dans tous les lieux et territoires, le crime sera évité, tout comme la famine, la guerre, le mal et les circonstances défavorables.
Les pluies seront opportunes, les récoltes abondantes, et la bonne fortune prévaudra dans la région.
Si vous offrez le gaṇacakra chaque mois sans interruption, les obstacles à votre vie seront pacifiés et tout ce que vous souhaitez sera spontanément accompli.
Possessions matérielles, nourritures et richesses vous viendront sans effort.
Si vous offrez le gaṇacakra cent ou mille fois, vous renaîtrez en tant que roi doté du pouvoir de transformer le monde entier.
Si vous offrez le gaṇacakra dix mille ou cent mille fois, vous deviendrez un monarque universel régnant sur de multiples systèmes de mondes.
Si vous offrez le gaṇacakra un million de fois, vous dominerez les trois mondes ; votre gloire et votre splendeur éblouiront les trois plans d’existence ; vous accomplirez sans difficulté les quatre activités ; et dans votre prochaine vie, vous renaîtrez dans le champ pur appelé Lumière de Lotus, parmi les vidyādhara et ḍākinī, où vous recevrez la parole ambrosiaque de Guru Rinpoché. Ainsi béni, vous serez en mesure d’aider les êtres d’innombrables façons.
Il est également dit :
Quiconque s’efforce à la pratique du gaṇacakra
Parviendra ultérieurement aux purs niveaux des vidyādhara
Dans le royaume de Lumière de Lotus.
Cela ne fait aucun doute : ils ne retourneront pas dans le saṃsāra !
Dans L’océan de joyaux du guru, de Péma Lingpa[91], on trouve ce passage :
Voici comment on peut rattacher les excellents bienfaits découlant des pratiques effectuées le dixième jour aux suprêmes siddhis des quatre niveaux des vidyādhara :
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du tigre mènera au niveau d’un vidyādhara du mahāmudrā ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du serpent mènera au niveau d’un vidyādhara maître de la longévité ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du singe mènera au niveau d’un vidyādhara spontanément accompli ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du cochon mènera au niveau d’un vidyādhara arrivé à maturité.On peut aussi établir une correspondance entre les excellents bienfaits et les siddhis ordinaires associés à l’accomplissement des quatre activités :
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du lièvre fera accomplir l’activité d’apaisement ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du cheval fera accomplir l’activité d’enrichissement ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois de l’oiseau fera accomplir l’activité de magnétisation ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du rat fera accomplir l’activité de subjugation ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du dragon pacifiera toutes les maladies, toutes les forces négatives et tous les obstacles ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du mouton accroîtra la durée de vie et le mérite, et fera en sorte que richesses et plaisirs abondent ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du chien fera en sorte que tout ce que vous souhaitez adviendra sans effort ;
Offrir un gaṇacakra le dixième jour du mois du bœuf pacifiera tous les méfaits causés par les ennemis, les obstacles et les circonstances adverses.
Les mêmes bienfaits s’appliquent au dixième jour de la lune décroissante (autrement dit, au vingt-cinquième jour) de chaque mois. Les bénédictions qui découlent du fait de rassembler le gaṇacakra chaque dixième et vingt-cinquième jour de chaque mois purifieront, sans exception, toute négativité et tout méfait accumulé par le corps, la parole et l’esprit, et garantiront que nous deviendrons des bouddhas dans une prochaine vie. De tels bienfaits inconcevables et indescriptibles seront nôtres.
Il est donc parfaitement logique que nous – qui sommes disciples de la personnification de tous les vainqueurs, le second Bouddha, le grand maître de l’Uḍḍiyāna, Mahāguru Padmākara – et tous les détenteurs de la tradition Nyingma des Anciennes traductions, de même que tous les êtres des différentes classes et familles qui ressentent foi et dévotion, nous efforcions de faire des offrandes, où que nous nous trouvions le dixième jour.
Composé par Rigdzin Trinlé Özer, qu’on appelle souvent le détenteur des vidyā-mantra Gönpo Tséten, au centre de Dharma Yéshé Nyingpo, en Californie. Ce texte intitulé Un bouquet de fleurs d’uḍumbara, qui consiste en une explication du dixième jour et de la pratique qui s’y rapporte, fut demandé par mes élèves américains. Puisse-t-il faire en sorte que l’esprit de tous les êtres s’embarque sur la voie vertueuse et que la vertu augmente encore et encore, comme la lune croissante ! Vertu, vertu, vertu ! Sarva-maṅgalaṃ ! Péma Wangyal, artiste du Dolpo, a servi de scribe. Que tout soit vertueux et de bon augure !
| Traduit en français par Vincent Thibault (2026), sur la base de la traduction anglaise de Samye Translations (traduite par Stefan Mang et éditée par Libby Hogg, 2018). Le traducteur anglophone remerciait Drokpa Tulku, Khenpo Pema Namgyal, Lama Rigdzin Zangpo, Kaleb Yaniger et Han Kop pour leurs suggestions et clarifications.
Bibliographie
Édition tibétaine
mgon po tshe brtan, “tshes bcu’i rnam bshad u dum wa ra’i chun po las/ gsum pa tshogs kyi rnam bshad/.” In Gsung rtsom/ mgon po tshe brtan/, 149-169. Pe cin: mi rigs dpe skrun khang, 2010.
Références principales
Kangyour
Tōh. 368: bde mchog nyung ngu, Rgyud, Ka, 213a1-246b7.
Tengyour
Tōh. 2494: Ratnarakṣita, Tshogs kyi ’khor lo’i cho ga yid bzhin nor bu, Rgyud, Zi, 249a1-254a7.
Nyingma Gyuboum
“he ru ka gal po chen po las/ tshogs kyi ’khor los mnyes par bya ba dang/ lhag mas mnyes par bya ba’i brtag pa ste nyi shu gnyis pa’o/.” In snga ’gyur rgyud ’bum phyogs bsgrigs/ pod 24/, 316a-320b. Ed. Thub bstan nyi ma. Pe cin/: mi rigs dpe skrun khang/, 2009.
“nyi zla kha sbyor gsang ba’i rgyud chen po.” In snga ’gyur rgyud ’bum phyogs bsgrigs/ pod 5/, 262a-363a. Ed. Thub bstan nyi ma. Pe cin: mi rigs dpe skrun khang, 2009.
“rdo rje sems dpa’ sgyu ’phrul dra ba gsang ba me long gi rgyud chen po las/ lam gyi khyad par ma lus pa bshad pa’i le’u ste bcu gcig pa’o/.” In snga ’gyur rgyud ’bum phyogs bsgrigs/ pod 13/, 245a-253b. Ed. Thub bstan nyi ma. Pe cin: mi rigs dpe skrun khang, 2009.
Exégèses tibétaines
dri med ’od zer. “tshogs mchod kyi rim pa yid bzhin rgya mtsho/.” In Gsung ’bum/ dri med ’od zer/ dpal brtsegs/ mes po’i shul bzhag, 189-200. Pe cin/: krung go’i bod rig pa dpe skrun khang/, 2009.
’jigs med gling pa. bla ma dgongs ’dus kyi cho ga’i rnam bshad. Gser rta rdzong: Gser ljongs bla ma rung lnga rig nang bstan slob grwa chen mo, 2005.
Références en anglais
Jamgön Mipham. White Lotus: An Explanation of the Seven-line Prayer to Guru Padmasambhava. Trans. The Padmakara Translation Group. Boston: Shambhala Publications, 2015.
Jamyang Khyentse Wangpo. “A Beautiful and Wondrous Udumbara Garland”. Trans. Samye Translations. Lotsawa House, 2016.
Jigme Lingpa. Treasury of Precious Qualities Book Two: Vajrayana and the Great Perfection. Trans. The Padmakara Translation Group. Boston: Shambhala Publications, 2013.
Khangsar Tenpe Wangchuk. “The Light of the Sun and the Moon—Generation and Perfection Stages: Notes Explaining the Words of the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle.” In The Gathering of Vidyadharas: Text and Commentaries on the Rigdzin Düpa, 95-168. Edited and translated by Gyurme Avertin. Boulder: Snow Lion, 2017.
Khenpo Chemchok. “The Words of the Vidyadhara That Bestow the Majesty of Great Bliss: Notations on the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle.” In The Gathering of Vidyadharas: Text and Commentaries on the Rigdzin Düpa, 13-94. Edited and translated by Gyurme Avertin. Boulder: Snow Lion, 2017.
Ngawang Lobzang Gyatso. “Cloud-banks of Blessings.” Trans. Samye Translations. Lotsawa House, 2018.
Tertön Sogyal. “A Synopsis of the Vajra-Guru Mantra”. Trans. Samye Translations. Lotsawa House, 2019.
Références en français
Longchenpa. « Prière d’offrande de nourriture », Traductions Rigpa, Lotsawa House, 2023.
Jigmé Lingpa, Le Trésor de précieuses qualités - volume II, avec le commentaire de Longchen Yéshé Dorjé Kangyour Rinpoché, traduction de Patrick Carré, éditions Padmakara, 2019.
Mipham Namgyal, Le Lotus blanc : Explication détaillée de la Prière en Sept Vers de Gourou Rinpoché, traduction de Patrick Carré, éditions Padmakara, 2009.
Zangpo Drakpa, « Sampa lhündroupma – La Prière à Guru Rinpoché qui accomplit spontanément tous les souhaits », Traductions Rigpa, Lotsawa House, 2018.
Sources secondaires
Gray, David. The Cakrasamvara Tantra: A Study and Annotated Translation. American Institute of Buddhist Studies, New York, 2007.
Boord, Martin. The Cult of the Deity Vajrakīla. Tring: The Institute of Buddhist Studies, 1993.
Version : 1.1-20260126
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Sūtra des prédictions au Magadha (dbus ‘gyur tshal lung bstan pa’i mdo). ↩
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'o ma'i tshal, littéralement, « bosquet de lait ». Notre interprétation est que le terme renvoie à une espèce d’arbre produisant une sève laiteuse. ↩
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Tertön Sogyal cite ce passage, mais on lit alors lo ni bzhi gnyis lon pa na au lieu de lo ni bcu gnyis lon pa'i tshe. Selon lui, cela représenterait en fait quatre ans et deux mois. Voir son commentaire sur le Vajra Guru mantra ↩
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Tantra de l’assemblée des heruka (he ru ka ‘dus pa’i rgyud). ↩
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Tantra de la personnification parfaite de la nature insurpassable (bla med don rdzogs 'dus pa'i rgyud). ↩
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Pour une explication de cette citation, voir le commentaire de Tertön Sogyal sur le Vajra Guru mantra ↩
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Le Filet magique de Mañjuśrī ('jam dpal sgyu 'phrul drwa ba). ↩
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Mieux connu sous le nom de roi Indrabhūti. ↩
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Triguṇadhara (trik na ‘dzin pa, trig na ‘dzin pa, ou encore, tri na ‘dzin pa) était le principal ministre du Dharma sous le Roi Indrabhūti. C’est le premier qui a aperçu Guru Rinpoché, avant de suggérer au roi d’adopter l’enfant. ↩
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Prabhāvatī (‘od ‘chang ma) est le nom de la reine d’Uḍḍiyāna que Guru Rinpoché a prise pour épouse. ↩
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« Les Huit principes d’accomplissement » (bka' brgyad) fait référence à un ensemble de huit (brgyad) iṣṭadevatā du Mahāyoga de l’école Nyingma transmises (bka', qui a le sens de « proclamation » ou de « principe verbal ») à Padmasambhava et aux huit vidyādhara de l’Inde. Ce sont : 1) Yamāntaka (gshin rje gshed), 2) Hayagrīva (rta mgrin), 3) Śrī Heruka (yang dag he ru ka), 4) Mahottara Heruka (che mchog he ru ka), 5) Vajrakīla (rdo rje phur ba), 6) « Mamo Bötong » (ma mo rbod gtong), 7) Lokastotrapūjā ('jig rten mchod bstod), et 8) Mantrabhīru (dmod pa drag sngags). ↩
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Le vajradhātu-maṇḍala comprend trente-sept déités. La figure centrale est Vairocana, qui est entouré de quatre bouddhas : Akṣobhya, Ratnasambhava, Lokeśvararāja (Amitābha) et Amoghasiddhi. Ce maṇḍala apparaît dans plusieurs tantras des écoles Nyingma et Sarma. C’est, par exemple, le maṇḍala principal dans le Sarva-tathāgata-tattva-saṃgraḥ. ↩
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Le véhicule causal des caractéristiques (rgyu mtshan nyid kyi theg pa) fait référence au sūtrayāna et inclut donc le śrāvakayāna, le pratyekabuddhayāna et le mahāyāna. On l’appelle « véhicule des caractéristiques » parce qu’il a toutes les caractéristiques d’une voie qui est une cause directe menant au fruit ultime, le niveau de la bouddhéité. ↩
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Aussi appelé Khenpo Bodhisattva. ↩
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Yari Gong (g.ya ri gong), « Montagne d’ardoise ». ↩
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Littéralement, le texte tibétain parle de « grêlons de la taille d’une tête de cheval » (ser ba rta mgo tsam). ↩
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Drakmar Drinzang (brag dmar mgrin bzang) est la résidence du Roi Tri Songdétsen. ↩
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Référence au monde des dieux au-dessus, à celui des nāga en dessous, et à celui des humains entre les deux. ↩
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Référence au lieu de pèlerinage appelé Bumthang Kourjé (bum thang sku rje), au Bhoutan. ↩
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Les instructions clés et secrètes pour l’accomplissement du maître (bla ma sgrub pa’i gsang them gnad yig). Mipham Rinpoché cite le même passage. Voir Jamgön Mipham, White Lotus: An Explanation of the Seven-line Prayer to Guru Padmasambhava, traduit par Padmakara Translation Group (Boston: Shambhala, 2015), p. 38. ↩
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Le Péma Kathang (pad ma bka’ yi thang yig, « Les chroniques de Padma ») est une biographie de Guru Padmasambhava, un trésor spirituel qui resta caché jusqu’à sa découverte par Orgyen Lingpa (1323–?). Jamyang Khyentsé Wangpo en a composé un résumé sous forme de prière, dont on peut trouver une traduction anglaise ici. ↩
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Les termes sanskrits figurant dans ce paragraphe sont les noms des mois lunaires selon la tradition indienne. ↩
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Les quatre chapitres adamantins (rdo rje gdan bzhi) ; La conduite des yoginī (rnal ‘byor ma kun spyod) ; L’océan des ḍākinī de Cakrasaṃvara (bde mchog mkha’ ‘gro rgya mtsho) ; Le palais de vajra (rdo rje gtsug lag). ↩
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Instructions orales sur l’Union secrète (gsang ‘dus them med zhal gdams). Mipham Rinpoché offre une citation similaire dans le pad+ma dkar po. Voir White Lotus, op. cit., p. 37. ↩
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Cette citation est probablement une paraphrase de L’invocation d’Uḍḍiyāna à l’occasion du dixième jour, de Ratna Lingpa. ↩
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Guide pour l’accomplissement du guru (bla ma sgrub pa’i gnad yig). Cette citation figure également dans le Lotus blanc de Mipham Rinpoché. Voir White Lotus, op. cit., pp. 42–43. ↩
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Nous n’avons pu retrouver ce passage dans les textes canoniques associés à Cakrasaṃvara. Il semble que la citation provienne d’un commentaire tibétain. Peut-être est-elle reliée au passage suivant, tirée du Laghusaṃvara (Tōh. 368, bde mchog nyung ngu), le tantra racine Cakrasaṃvara : « Efforcez-vous de faire des offrandes le dixième jour de la lune décroissante, de même que le dixième jour de la lune croissante. Si vous offrez dévotement viandes et intoxicants aux déesses de vajra, les heruka seront grandement ravis. Leur cœur et leur esprit satisfaits, ils accorderont le sublime – et les yogin en viendront ainsi à reposer dans les mains des êtres suprêmes. » (mar gyi ngo yi tshes bcu dang/ zla ba yar ngo'i gang gyur la/ myur du 'bad pas mchod bya ste/ rdo rje lha mo myos byed sha rnams kyis/ skye bo gus pas de rnams mchod byas pas/ he ru ka dpal mngon dgar gyur pa la/ mgu ba'i thugs kyis mchog ni stsol 'gyur te/ de rnams lag gnas mchog rnams so/). ↩
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nye ba'i 'du ba. Le traducteur anglais parle ici de subsidiary gathering. ↩
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Cette citation provient de Trouver le repos dans la nature de l’esprit (sems nyid ngal gso), de Longchenpa. ↩
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Testament de Ngawang Rinchen expliquant l’histoire des trésors du Nord (mnga' dbang rin chen gter gyi bang mdzod kyi lo rgyus zhal chems). ↩
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mchod rten a souvent le sens de stūpa, mais une traduction plus littérale des deux syllabes évoquent un « support pour les offrandes ». Le traducteur anglais a opté ici pour objects of worship. ↩
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bslu, parfois traduit par « rançon ». Peut-être serait-il envisageable de parler de « persuasion ». ↩
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dpe lugs rnam thar bzang pos skyongs:, traduit en anglais par Through my example and liberation, you will be cared for. Il nous semble que l’idée générale est de s’inspirer d’un tel modèle extraordinaire, en s’abreuvant à ses hagiographies. ↩
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Voir Mipham, White Lotus, op. cit., pp. 37–38. ↩
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Ibid., p. 41. ↩
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C’est-à-dire Avalokiteśvara. ↩
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Ce vers et les deux précédents font référence aux trois kāya ou dimensions de la bouddhéité : l’aspect de dharmakāya, représenté par Samantabhadra, dans le dharmadhātu ; l’aspect du saṃbhogakāya, représenté par Vajradhara dans le champ pur de Gaṇdavyūha (que l’on pourrait traduire, par exemple, par « Ornement dense », ou par « Merveilleux agencement ») ; et l’aspect de nirmāṇakāya, ici Bouddha Śākyamuni, au Vajrāsana (le « Trône adamantin » à Bodhgayā). ↩
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Pour une traduction intégrale de ce texte, voir L’invocation d’Uḍḍiyāna à l’occasion du dixième jour, de Ratna Lingpa. ↩
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yul, traduit tantôt par « pays », tantôt par « région ». ↩
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Voir Mipham, White Lotus, op. cit., pp. 39–40. ↩
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Précieux trésor de la transmission orale (snyan brgyud nor bu’i mdzod khang). Voir aussi Mipham, White Lotus, op. cit., p. 43. ↩
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En tibétain, le terme tsok (tshogs) est utilisé à la fois pour parler des deux accumulations et pour faire référence au gaṇacakra. Gönpo Tséten joue ici sur les mots, en disant que le « rassemblement » (au sens de gaṇacakra ou tsok) suscite les deux « rassemblements » (c’est-à-dire les deux accumulations). ↩
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Ici encore, Gönpo Tséten joue avec la répétition du mot tsok. En français, nous l’avons traduit tantôt par « rassemblement », tantôt par « accumulation ». ↩
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Les étapes de l’activité de vajra (rdo rje las rim) pourrait faire référence, comme le suggère également Sangye Khandro, à un commentaire attribué à Buddhaguhya et intitulé Les étapes d’activité adamantine [pour le Māyājāla] (Māyājālavajrakarma, [Sgyu 'phrul dra ba] rdo rje las [kyi] rim pa). Néanmoins, nous n’avons pu retrouver la citation en question dans ce texte. Nous l’avons plutôt trouvée dans Le filet magique de Vajrasattva, miroir de tous les secrets (Vajrasattvamāyājālaguhyasarvādarśa, rdo rje sems dpa'i sgyu 'phrul dra ba gsang ba thams cad kyi me long), attribué aux traducteurs Vimalamitra et Jñānakumāra. ↩
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C’est-à-dire que le fondement ou le support des siddhis constitue à la fois une représentation du maṇḍala de sagesse (telle qu’une thangka ou statue) et la visualisation que font les pratiquants du maṇḍala de sagesse. ↩
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Le Pal heruka galpo (Śrīherukāvaśyaka, dpal he ru ka gal po), « L’essence de Śrī Heruka », relève du cycle de textes consacrés à l’iṣṭadevatā (yi dam) Śrī Heruka (Yang dag heruka). Il décrit une gamme de rituels communs aux écoles Nyingma et en tant que tel, il est fréquemment cité par des auteurs tibétains, surtout lorsqu’ils traitent du gaṇacakra. ↩
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La pâte (zen) obtenue en mélangeant de l’orge grillée (tsham pa) avec de l’eau chaude ou du thé est l’une des principales nourritures traditionnelles des Tibétains. ↩
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Condiments et assaisonnements (tshod pa) ajoutés à certains mets traditionnels tibétains, tels que du fromage séché, des fruits séchés, des racines, etc. ↩
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Une traduction plus littérale de tshogs gtor serait « torma de festin ». Toutefois, étant donné que l’explication qui suit traite des aliments et boissons en général, nous l’avons traduit par « substances de festin ». ↩
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La notion de « loup des festins » rappelle l’importance d’une « appréciation rituelle posée ». Gönpo Tséten Rinpoché recommande une distribution structurée des aliments commençant par le maître de vajra, et il conseille aux participants d’éviter de se comporter en « loup (ou chacal) des festins » (vṛka ; spyang ku), c’est-à-dire de se laisser aller aux plaisirs des sens et de consommer le festin pour assouvir la faim et la soif. Les participants sont plutôt invités à consommer les substances en maintenant la présence éveillée, sans verser dans les activités irréfléchies : on permet ainsi aux substances de devenir autant de causes de réalisation. ↩
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Une prosternation complète (gral phyag) est celle qu’on fait généralement en entrant dans un temple ou lorsqu’un enseignant vient de prendre place. Une « prosternation symbolique » (tshul phyag) est un geste des mains fait traditionnellement en signe de respect. ↩
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En agissant de façon inappropriée à l’égard du lien sacré (samaya) que les pratiquants partagent avec les déités, ils endommagent les samaya et donc la connexion qui peut les mener à l’éveil. (Clarification orale offerte par Khenpo Péma Namgyal.) ↩
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Ici, Gönpo Tséten Rinpoché, sans donner plus de détails, rappelle au lecteur les instructions essentielles concernant « la forteresse, les écueils et la force vitale » (rdzong 'phrang srog gsum) de la pratique du mahāyoga. Pour en savoir plus, voir Khangsar Tenpe Wangchuk, “The Light of the Sun and the Moon—Generation and Perfection Stages: Notes Explaining the Words of the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle,” dans The Gathering of Vidyadharas: Text and Commentaries on the Rigdzin Düpa, édité et traduit par Gyurme Avertin (Boulder: Snow Lion, 2017), p. 153. ↩
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Voir aussi Khenpo Chemchok, “The Words of the Vidyadhara That Bestow the Majesty of Great Bliss: Notations on the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle,” dans The Gathering of Vidyadharas, op. cit., p. 77; et Martin Boord, The Cult of the Deity Vajrakīla, (Tring: The Institute of Buddhist Studies, 1993), p. 79. ↩
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Voir Khenpo Chemchok, “The Words of the Vidyadhara That Bestow the Majesty of Great Bliss: Notations on the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle,” dans The Gathering of Vidyadharas, op. cit., p. 77. ↩
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log rdugs 'byams dang bral ba. Littéralement, « sans égarement (ou “inversion”), affaiblissement, ni éparpillement ». Pour éviter d’accumuler du karma négatif, le pratiquant doit stabiliser son samādhi, en se visualisant clairement en tant que déité. Pour que la libération soit effective, l’arme utilisée pour la libération doit être visualisée comme étant le puissant kīla. Le pratiquant doit aussi demeurer concentré sur l’objet de la libération – l’ennemi qu’est l’ego – visualisé sous l’aspect de Rudra. (Clarification orale offerte par Drokpa Tulku, basée sur l’explication de Jigmé Lingpa.) Jigmé Lingpa dit : « Visualisez-vous comme la déité, de sorte que le rituel ne s’inverse pas. Visualisez l’arme – la dague – clairement comme le kīla, pour que le rituel soit efficace. Visualisez l’objet de la libération comme Rudra, afin que le rituel soit focalisé. » (mi ldog pa’i phyir du rang nyid lhar gsal/ mi rdugs pa’i phyir du sgrol byed phur pa ki la ya gsal/ mi ‘byams pa’i phyir du bsgral bya’i rudra dngos su gsal/). Voir ’Jigs med gling pa, Bla ma dgongs ’dus kyi cho ga’i rnam bshad, (Gser rta rdzong: Gser ljongs bla ma rung lnga rig nang bstan slob grwa chen mo, 2005), p. 288. Pour une explication plus détaillée, en anglais, voir Khangsar Tenpe Wangchuk, “The Light of the Sun and the Moon—Generation and Perfection Stages: Notes Explaining the Words of the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle,” dans The Gathering of Vidyadharas, op. cit., p. 153 (où les termes ont été traduits par « irréversibilité », « répugnance » et « absence de sympathie »). ↩
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Les trois visualisations (gsal ba gsum) sont spécifiques à l’offrande de libération et sont mentionnées dans les tantras de Vajrakīla. Pour une explication, voir Khangsar Tenpe Wangchuk, “The Light of the Sun and the Moon—Generation and Perfection Stages: Notes Explaining the Words of the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle,” dans The Gathering of Vidyadharas, op. cit., p. 153. ↩
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Le samādhi (la concentration méditative) du maître de vajra doit être en mesure de susciter les trois satisfactions ('tsheng pa gsum). Cela implique que 1) l’être libéré est satisfait puisque son esprit est affranchi dans le dharmadhātu ; 2) les déités sont satisfaites en recevant la chair et le sang transformés en nectar de sagesse ; 3) le maître de vajra exécutant le rituel est satisfait, puisque le rituel a pour effet d’accroître sa force vitale. (Clarification orale de Drokpa Tulku.) ↩
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Pour une explication des trois supports dits de la vie, de la purification et du lieu (tshe khrus gnas gsum), voir Khangsar Tenpe Wangchuk, “The Light of the Sun and the Moon—Generation and Perfection Stages: Notes Explaining the Words of the Rigdzin Düpa, the Inner Sadhana for the Longchen Nyingtik Cycle,” dans The Gathering of Vidyadharas, op. cit., p. 154. ↩
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Les sept violations (nyams pa bdun) sont d’abandonner 1) la force vitale ; 2) le sens authentique ; 3) les enseignements ; 4) les samaya ; 5) le karma ; et de commettre une transgression 6) motivée par une vue erronée ou 7) par désir (yang srog sa nyams pa/ don las nyams pa/ bka' las nyams pa/ dam las nyams pa/ las kyi nyams pa/ mtshan mas nyams pa/ 'dod pas nyams pa bcas so/). ↩
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Pour pouvoir faire l’objet d’une libération, un ennemi doit remplir à lui seul dix critères, c’est-à-dire qu’il doit accomplir dix méfaits appelés « les dix bases (de la libération) » ([bsgral ba'i] zhing bcu). Une telle personne ou un tel esprit est appelé un « ennemi démontrant les dix bases » (zhing bcu tshang ba'i bstan dgra). Selon l’école Nyingma, ces dix critères vont comme suit : 1) être en général un ennemi des Trois Joyaux (dkon mchog spyi dgra) ; 2) être un ennemi personnel du maître de vajra (rdo rje slob dpon gyi sgos dgra) ; 3) être un corrupteur de samaya (dam nyams pa) ; 4) avoir enfreint les samaya (dam las log pa) ; 5) avoir partagé des samaya secrets avec des personnes inaptes à recevoir la voie des mantras secrets (dam la 'khus pa ste gsang ba snod ngan la spel ba) ; 6) arriver à une congrégation de pratiquants et les injurier (sgrub pa'i 'du bar 'ong nas gshe ba) ; 7) nuire à tout le monde, à l’instar du chef d’une bande de brigands armés (yongs la gnod pa'i jag dpon lta bu) ; 8) être qualifié d’« hostile au samaya », une sorte d’être qui doit être exorcisé (dam dgra zhes bya ba ste bzlog pa mkhan lta bu) ; 9) avoir un comportement négatif profondément et entièrement immoral (mi dge ba kho na longs spyod pa ngan pa'i ngang tshul can) ; et 10) relever d’un des trois domaines inférieurs (ngan song gsum). ↩
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« Offrir symboliquement » ('bul tshul) implique que les personnes présentes peuvent simplement imaginer que les trois portions sont bénies et offertes aux déités, une par une. ↩
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Après la troisième portion, il est courant dans la tradition Nyingma de réciter une liturgie de satisfaction (bskang ba) spéciale, qui vise à amplifier le pouvoir de satisfaction du rituel. ↩
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Référence à un geste particulier que l’assistant rituel effectue à ce stade. ↩
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À ce stade, l’assistant rituel récite un court verset en offrant le festin, et le maître de vajra y répond en vers, en acceptant l’offrande. L’assistant peut dire « tsok kyi chö pa gyen dou rol » (tshogs kyi mchod pa rgyan du rol), comme c’est le cas ici, ou réciter un vers similaire. Le maître de vajra, acceptant l’offrande, peut répondre « a la la hoḥ ». ↩
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Les trois maṇḍala font référence à la perception selon laquelle les phénomènes externes, internes et secrets se manifestent comme la déité et sont offerts dans le gaṇacakra. ↩
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À ce stade, l’assemblée récite la célèbre prière attribuée à Longchenpa et commençant par « dak lu poung k’am kyé ché… » (bdag lus phung khams skye mched…), vers traduit ci-dessus. Une traduction complète de cette prière est disponible ici. ↩
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Il s’agit des cent déités paisibles et courroucées (zhi khro rigs brgya). ↩
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Les déités des trois sièges ou bases de la complétude (gdan gsum tshang ba’i lha), qu’on appelle souvent le maṇḍala des trois sièges [de la complétude] (gdan gsum [tshang ba’i] dkhyil ‘khor) : 1) les tathāgata résident dans les agrégats (skandha) et les éléments (dhātu) ; 2) les bodhisattva masculins et féminins résident dans les sphères sensorielles (āyatana) ; 3) les déités courroucées masculines et féminines résident dans les membres (aṅga). ↩
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Les six satisfactions (tshim pa drug) sont listées quelques lignes plus loin. ↩
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Il s’agit d’un quatrain célèbre, récité couramment dans la tradition Nyingma avant d’offrir les restants. Le premier vers change selon la déité principale du sādhana. La version citée par Gönpo Tséten va comme suit : « Hūṃ ! Grâce à cette offrande, à la cité des Glorieux heruka, puissions-nous, moi-même et tous les êtres sans exception, parvenir à la réalisation au sein d’un même maṇḍala ! » (hūṃ/ he ru ka dpal grong khyer du/ tshogs kyi mchod pa phul ba yis/ bdag gzhan 'gro ba ma lus pa/ dkyil 'khor gcig tu 'grub par shog/, prononcé « Houng, hérouka pal drongk’yer dou/ tsok kyi chöpa poulwa yi/ dakshyen drowa malupa/ kyilk’or chik tou droubpar shok/ ».) ↩
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Pour une explication des huit infractions (sbom po brgyad kyi ya gyal), voir Jigme Lingpa, Treasury of Precious Qualities, Book Two: Vajrayana and the Great Perfection, Trans. Padmakara Translation Group (Boston: Shambhala, 2013), pp. 190-191. ↩
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La guirlande de perles (mu tig phreng ba). Ce verset figure également dans le tantra cité juste après, L’union du soleil et de la lune (nyi zla kha sbyor). ↩
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L’union du soleil et de la lune (nyi zla kha sbyor). ↩
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Par « pratique d’accomplissement » (sgrub pa), on entend ici soit un droupchö (sgrub mchod), soit un droupchen (sgrub chen). Ce sont deux formes de pratiques de groupe intensives qui illustrent parfaitement la profondeur, le pouvoir et la précision du Vajrayāna en combinant toute la gamme de ses moyens habiles. ↩
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Le dharmodaya (chos ‘byung), ou « source des phénomènes », est un terme technique qui renvoie au dessin d’un triangle spécial utilisé dans des rituels du Vajrayāna. ↩
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La « peau d’un transgresseur » (zhing lpags) est la peau d’un être qui remplit les dix critères que sont les dix bases de la libération (voir plus haut). Plutôt qu’utiliser la peau d’un véritable être humain, on utilise généralement une peinture ou un dessin symbolique, ou occasionnellement une peau d’animal. (Clarifications offertes oralement par Drokpa Tulku.) ↩
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Référence à la façon particulière de mélanger les restants purs et impurs. ↩
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Ici, Gönpo Tséten donne un court commentaire ligne par ligne d’une prière régulièrement récitée dans le contexte des sādhana nyingmas plus élaborés, au moment d’offrir l’offrande restante. Notons que les vers de cette prière peuvent varier d’un sādhana à l’autre. Rinpoché commente la version suivante : dangpo pu kyi mi chö gyou/ bardou nyimé chik tou mi rol gyou/ tama l’akmé mi kang gyou/ l’akma k’achu mi dren gyou/ détar rimpa soum dou mi yé gyou/ tar nyimé chik tou mi sé gyou (dang po phud kyis mi mchod rgyu zhes/ bar du gnyis med gcig tu mi rol rgyu zhes/ tha ma lhag mas mi bskang rgyu zhes/ lhag ma kha chus mi bran rgyu zhes/ de ltar rim pa gsum du mi dbye rgyu zhes/ mthar gnyis med gcig tu mi bsre rgyu zhes/). ↩
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Il s’agit ici de la première portion de l’offrande restante. ↩
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C’est-à-dire que les mātṛkā et ḍākinī savourent la « meilleure portion » aux côtés des déités paisibles et courroucées. ↩
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Adzom Gyalsé explique que si un maître de vajra possédant la réalisation de la vue est présent, il ou elle peut bénir les restes avec son crachat… Mais que si le maître de vajra ne détient pas la vue la plus élevée, il faut plutôt arroser les restes avec quelques gouttes d’amṛta. Cracher dessus reviendrait à contaminer une nourriture saine. ↩
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C’est-à-dire que les pratiquants partagent désormais une connexion de samaya avec les convives prenant part aux restants. ↩
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Il importe de suivre dans le bon ordre les trois points qui précèdent, puisque certaines des déités qui reçoivent les restants sont des déités de sagesse (des « seigneurs »), alors que d’autres sont des déités mondaines (des « sujets »). ↩
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Référence aux restants impurs recueillis dans l’assemblée. Ils sont placés en haut ou en bas, selon l’activité ou le but du sādhana. ↩
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Puisque les convives auxquels sont offerts les restants peuvent être potentiellement dangereux, l’assistant rituel doit éviter d’entrer directement en contact avec eux. Placer une bougie la nuit dans l’offrande restante préviendrait ces « rencontres directes » (gdong thug). ↩
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Le passage en question provient du Joyaux qui exauce les souhaits : Un manuel rituel pour le gaṇacakra (Tōh. 2494, tshogs kyi 'khor lo'i cho ga yid bzhin nor bu), préservé dans le Tengyour et attribué à Ratnarakṣita. ↩
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Ici, Yéshé Tsogyal indique aux yogin de redoubler d’efforts dans la pratique le huitième jour (associé au Bouddha de médecine et à Tārā), le dixième jour (associé à Guru Rinpoché) et le vingt-cinquième jour (associé aux ḍākinī) du calendrier lunaire tibétain. ↩
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Ce passage provient de L’océan qui exauce les souhaits : Les étapes de l’offrande de festin (tshogs mchod kyi rim pa yid bzhin rgya mtsho), de Longchenpa. ↩
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L’océan de joyaux du guru, ou Lama Norbou Gyamtso (bla ma nor bu rgya mtsho), est un terma révélé par Péma Lingpa (1450–1521). ↩
