Commentaire sur la pratique de Dukngal Rangdrol
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Le tonitruant tambour de l’été[1]
Commentaire sur les points délicats du rituel du Grand Compatissant appelé « Libération naturelle de la souffrance »
Par Jigmé Lingpa
Du coin de l’œil, tu observes tous les êtres,
Veillant sur eux avec ta vision parfaite,
Sans jamais t’interrompre…
Nous te rendons tous hommage !
Voici un commentaire sur les points épineux du rituel du Grand Compatissant appelé « Libération naturelle de la souffrance ».
I. Les préliminaires
1. Chercher refuge
En général, dans cette ronde interminable et sans commencement du saṃsāra, dont la nature est la vérité de la souffrance, tous les êtres, nous y compris, errent sans défense. Il nous faut donc trouver refuge ; cependant, ici, la façon de se réfugier n’a rien de l’approche limitée et égocentrique selon laquelle on rechercherait uniquement le bonheur et la paix pour notre petite personne. Plutôt, animés par la motivation d’un grand être, nous souhaitons mener tous les êtres au niveau de l’éveil. Du fond de notre cœur, pleins d’une ferveur intense, et nous rappelant qu’il nous connaît et qu’il nous aime, nous prenons résolument refuge dans la personnification des Trois Joyaux, le suprêmement noble Seigneur de la Compassion, et ce, jusqu’à ce que nous parvenions au cœur de l’éveil. Son corps est le Saṅgha, sa parole, le Dharma, et son esprit, le Bouddha. Il est totalement sublime, éminent parmi les nobles.
2. Engendrer la bodhicitta
Pour atteindre l’éveil suprême, il faut d’abord cultiver [le terreau de] la bodhicitta[2]. Donc, contemplez le fait que parmi tous les êtres vivants, il n’en est pas un seul qui n’ait été votre père ou votre mère. Or, en ce moment même, les êtres des six classes, qui ont été vos propres parents, souffrent dans leurs domaines respectifs et accumulent les causes d’autres souffrances à venir. Ce sont donc les objets de notre compassion. Ils ne reconnaissent toujours pas la nature de leur propre esprit – leur nature de bouddha. Privés de toute occasion de trouver la libération, ils agissent sous l’emprise de la confusion. Méditez sur les quatre incommensurables que sont l’amour, le souhait d’aider les êtres ; la compassion, le souhait de les libérer de la souffrance ; la joie, le souhait de les rendre heureux ; et l’équanimité, par laquelle on dispense les bienfaits de façon impartiale. Dans cette optique, supportez le poids extraordinaire de la grande compassion. Votre esprit absorbé dans ces quatre « demeures de Brahma », engendrez la bodhicitta d’aspiration (le souhait focalisé de mettre tous les êtres sur la voie du grand éveil) et d’action (ce qui procure effectivement des bienfaits). Une fois que vous aurez médité avec ferveur sur ces deux formes de bodhicitta relative, laissez votre esprit reposer sur le sens de l’ainsité – c’est ce qu’on appelle la bodhicitta absolue.
3. L’offrande septuple
L’offrande en sept branches est comparable au fait de récolter des accumulations pendant trois ères incalculables. En multipliant votre corps pour créer dix mille milliards d’émanations, avec une dévotion immense, rendez hommage à toutes les sources de refuge qui demeurent dans les trois temps – passé, présent, futur. Présentez des offrandes insurpassables, condensées en offrandes extérieures, intérieures et secrètes. Reconnaissez ouvertement tous vos actes non vertueux que sont les trois du corps, les quatre de la parole et les trois de l’esprit, de même que les méfaits inhérents et proscrits, et confessez-vous en éprouvant un grand regret et en appliquant les quatre forces antidotiques. Réjouissez-vous de toutes les actions vertueuses, les vôtres comme celles d’autrui. Exhortez tous les bouddhas et bodhisattvas de tourner la roue du Dharma et implorez-les de demeurer parmi nous et de ne pas passer au nirvāṇa. Enfin, pour dédier toutes les racines de vertu à l’éveil et vous concentrer sur le bien des êtres, aspirez à ce que tous les êtres parviennent au niveau du Noble [Seigneur de la Compassion] !
4. L’offrande de torma aux forces obstructrices
C’est comme dompter des démons pendant la nuit. Īśvaraḥ, le seigneur du monde du désir, de même que tout son entourage et les diverses catégories d’esprits créent des obstacles à l’atteinte de l’éveil. Donc, en guise de remède pour les soumettre, imaginez qu’à partir d’un hrīḥ, vous vous transformez et prenez l’aspect du Puissant Lotus, Hayagrīva, dont la vue accable tous ceux qui nous égarent. Il est le grand pourfendeur des démons et des forces obstructrices, visualisé parfaitement et instantanément. Donnez l’ordre avec les trois vers qui commencent par « Fauteurs de troubles et forces mensongères, écoutez tous ! ». Puis, menacez-les et tourmentez-les avec les trois lignes qui commencent par « Si vous osez désobéir ». Enfin, expulsez-les de l’autre côté de l’océan avec le mantra des quatre hūṃ.
5. Le cercle de protection
Au niveau de la vérité relative, méditez sur le samādhi de la tente de vajra : toutes les perceptions confuses des apparences et de l’existence sont désormais le sol, les clôtures, les tentes et baldaquins de vajra. Tout l’espace entre ces éléments, jusqu’aux plus infimes particules, se trouve rempli de minuscules vajras, de sorte que même le vent ne puisse y pénétrer. L’environnement que vous appréhendez est le palais et les êtres que vous conceptualisez sont les mudrā des déités. Dans l’état des trois maṇḍala, dans lequel vous réalisez que votre corps est la déité, votre parole, le mantra, et votre esprit, la nature de la réalité, les démons et les forces obstructrices – qui apparaissent en raison des tendances habituelles et de la confusion (comme le fait de prendre une corde pour un serpent) – sont dans l’impossibilité d’exister.
Au niveau de la vérité absolue, vous réalisez que l’essence non née est le dharmakāya, la clarté incessante, le saṃbhogakāya, et l’éclat incessant des apparences, le nirmāṇakāya. Au sein de l’état qui ne s’écarte pas des trois kāya, fixez la limite de l’absolu.
6. La descente des bénédictions
La dimension fondamentale de la vacuité est le grand trésor secret de tous les bouddhas. Inspiré par la musique de la concentration méditative, le rayonnement dynamique de la compassion dépourvue de références, qui a la nature des bénédictions, se déploie sans arrêt dans le ciel des mérites des disciples et des aspirations, comme des nuages qui s’amoncellent dans le ciel avant de disparaître à nouveau. Au niveau relatif, le rituel purifie l’attachement à l’existence concrète du maṇḍala des substances composées possédant des caractéristiques, lequel se transforme en grand maṇḍala de la sagesse véritablement établie et de la pureté naturelle originale.
7. La bénédiction des substances d’offrandes
Les offrandes extérieures sont les cinq offrandes habituelles ; les offrandes intérieures sont le remède, le bali et le rakta ; et l’offrande secrète, la grande félicité-vacuité. Au niveau relatif, elles apparaissent toutes sans exception comme des substances de samaya, mais dans leur vraie nature, il s’agit d’ambroisie de sagesse dont la saveur et le pouvoir sont parfaits, et contenant la glorieuse splendeur d’une centaine de précieuses qualités. Imaginez qu’elles deviennent l’offrande la plus exquise, laquelle ravit les déités du maṇḍala, et bénissez-la avec le mantra qui s’y rapporte.
II. La section principale
Celle-ci comprend sept parties.
1. Visualiser le palais et les déités (« le support et ce qui est supporté »)
Depuis l’état d’ainsité sans base ni fondement, où tous les phénomènes qui consistent en des apparences confuses sont libres de référence conceptuelle, l’éclat de l’union de l’espace fondamental – la pureté et l’égalité, [ou] vacuité – et la dharmatā de la présence éveillée se manifeste sous l’aspect d’un royaume de sagesse d’une grande pureté. Ici, les syllabes-racines et les éléments superposés ne sont pas des « choses » fabriquées et désignées par l’esprit ; plutôt, notre champ de perception tout entier, primordialement et spontanément parfait, est le mont Potala – le chatoiement apparent de la sagesse.
Au centre de la base faite de l’or le plus raffiné se trouve un lac clair et immaculé. Ses eaux présentent les huit puretés, et il déborde de joyaux qui exaucent les souhaits. C’est un lieu d’une beauté enchanteresse, émaillé d’oiseaux aquatiques et de fleurs magnifiques – lotus, kumuda, puṇḍarīka. De précieuses abeilles aux couleurs variées volent ici et là, leur bourdonnement chargé du son du Dharma des trois véhicules. Tout autour : d’époustouflants sommets montagneux où demeurent des sages et vidyādhara qui maîtrisent les nombreuses entrées menant au samādhi. De la sorte, cette insurpassable terre pure regorge de tous les symboles des dharmas de l’éveil, sans exception. Les signes et caractéristiques sont parfaits, comme l’illustrent la conception et les dimensions du palais. Sur cette terre pure, tous les phénomènes de la base, de la voie et du fruit sont « nettoyés » par le biais du triple processus de purification, perfection et maturation. Il s’y trouve un lotus multicolore à mille pétales, qui signifie le fait de ne demeurer ni dans l’existence, ni dans la quiétude, ou encore, le fait de demeurer dans le saṃsāra sans être entaché par ses défauts.
Dans le cadre de la purification des quatre types de naissance et des tendances habituelles associées à l’existence, et plus précisément la purification de la naissance issue de la chaleur et de l’humidité, le siège de disque solaire purifie la chaleur, tandis que le siège de disque lunaire purifie l’humidité. La syllabe-germe hrīḥ purifie l’attachement dans la conscience des êtres se trouvant dans l’état intermédiaire. Le Noble Grand Compatissant – déité et personnification des moyens habiles de la grande compassion –, voit tous les êtres, quel que soit le stade de développement de leurs agrégats, éléments et sources sensorielles. Il libère naturellement et où qu’ils se trouvent les six classes d’êtres des trois mondes, les délivrant de toute peur causée par les trois types de souffrances. Avalokiteśvara ne cesse jamais de regarder tous les êtres avec compassion, « du coin de l’œil[3] ». Il se tient debout, ce qui illustre son activité incessante au service des êtres, telle une roue tournant perpétuellement. Les paumes de ses deux mains principales sont jointes au niveau de son cœur, tandis que ses deux autres mains tiennent un mālā et un lotus, comme le Seigneur Khasarpaṇi. Si les ornements et costumes associés à l’aspect du saṃbhogakāya sont faciles à comprendre, mentionnons trois caractéristiques spéciales : son teint est blanc avec une touche distincte de rouge ; il porte les six ornements en os ; et une peau de daim couvre le côté gauche de sa poitrine. En outre, en ce qui concerne les neuf expressions paisibles, Le Tantra du magnifique éclair [de sagesse] dit :
Ils sont doux, bien proportionnés,
Fermes, souples, frais,
Clairs, radieux, attirants,
Et rayonnants d’une présence intense[4].
Les treize ornements incluent quant à eux les sept bijoux et les cinq parures[5] du corps, de la parole, de l’esprit, des qualités et des activités éveillés :
Diadème, boucles d’oreilles, collier,
Bracelets, bracelets de cheville,
Sautoir, long collier de cristal :
Ce sont les sept bijoux.
Le vêtement supérieur fait de soie blanche, pour le corps.
La robe de Dharma, d’un rouge violacé, pour la parole.
L’écharpe soyeuse, d’un bleu foncé, pour l’esprit.
La ceinture dorée, pour les qualités.
Le linge de corps émeraude, pour les activités.
Le puissant éclat des moyens habiles de la grande compassion apparaît ainsi sous une forme corporelle. Signe que sa forme ne s’écarte jamais de la connaissance de la vacuité, il y a quatre compagnes secrètes, chacune sur un lotus à quatre pétales.
À l’est se trouve la vénérable Tārā, dont le corps est blanc. Sa main droite effectue le geste de la générosité suprême, tenant une fleur d’outpala, et sa main gauche est dans le geste de l’équanimité, tenant un vase de longue vie rempli de bodhicitta qui tourbillonne de façon auspicieuse. Elle est assise jambe croisée sur un disque de lune.
Au sud se trouve Mārīcī, de couleur jaune. Son expression est semi-courroucée, et du coin de l’œil, elle regarde vers le haut, vers la déité principale. Sa main droite tient contre son cœur un joyau qui exauce les souhaits, tandis que sa main gauche brandit un lasso vers le soleil et la lune. Elle est en mouvement, sa jambe gauche repliée et sa jambe droite, tendue.
À l’ouest se trouve Kurukullā, de couleur rouge, avec un visage et quatre bras. Ses deux mains principales bandent un arc et une flèche, tandis que sa main inférieure droite tient un crochet de fer et sa gauche, un lasso. Tous ces objets sont en fleurs de lotus. Sa jambe droite est repliée, le talon au niveau de son bhaga, et son pied gauche piétine la poitrine d’Umā. Elle porte une jupe en peau de tigre, les six ornements en os, et une guirlande de fleurs de lotus aussi longue que son corps.
Au nord se trouve Vasudhārā, de couleur verte, sur un vase aux trésors débordant. Elle se tient debout, bien droite sur ses deux pieds, et elle est parée de bijoux. Sa main droite tient un joyau qui exauce les souhaits ; sa main gauche tient près de sa hanche une mangouste qui exauce les souhaits.
Aux quatre portes se trouvent les quatre Hayagrīva, chacun sur un siège fait d’un lotus et d’un soleil et surmontant un rudra. La couleur de leur corps correspond à leurs activités respectives, et ils manient chacun un couperet et une coupe crânienne. Démontant les neuf expressions courroucées, ils sont majestueux et terrifiants, parés des huit ornements courroucés.
Dans les cours se trouvent les bouddhas, bodhisattvas et vidyādhara, des foules de héros et ḍākinī, et un océan de protecteurs du Dharma liés par samaya – en somme, l’intégralité du joyau du saṅgha du Grand véhicule (c’est-à-dire tous ceux et celles qui ont parachevé les qualités des bases et des voies). Ils s’amassent comme des nuées. Ainsi, les formes de tous ceux qui font partie du samaya-maṇḍala apparaissent clairement tout en étant dépourvues d’essence véritable, comme un arc-en-ciel. Apparentes et pourtant vides ; vides et pourtant vives, distinctes, clairement présentes. Les trois centres des déités – au niveau du sommet de la tête, de la gorge et du cœur – sont marqués par les trois syllabes-germes, oṃ, āḥ et hūṃ, qui possèdent la nature du corps, de la parole, de l’esprit et de la sagesse de vajra de tous les bouddhas. Elles bénissent vos trois portes ordinaires et les transmutent en trois vajras ; elles constituent par ailleurs la profonde circonstance interdépendante par laquelle sont parachevées toutes qualités de la base, de la voie et du fruit. Une lumière en émane pour rejoindre les séjours suprêmes et naturels de la dimension authentique, profonde, paisible et libre de toute conception ; le mont Potala, suprême terre pure illusoire du nirmāṇakāya où les êtres sont apprivoisés ; les trente-deux contrées qui illustrent les bases, les voies et les portes de la libération ; les vingt-quatre lieux sacrés ; et les huit charniers, invitant le maṇḍala des déités de sagesse. Vous les invoquez et les invitez alors avec les mots du grand samaya adamantin, vajra-samājaḥ.
2. L’invitation
Même si la terre pure et ceux qui en sont invités sont dépourvus d’existence véritable, les êtres ordinaires sont habitués à percevoir les choses comme étant réelles ; et puisque la nature de la réalité s’accorde avec les conditions et aspirations, on procède à une invitation qui correspond aux expressions mondaines d’honneur et de révérence. C’est là un moyen de parvenir aux deux types d’accomplissement. Formulez l’invitation en brûlant de l’encens et en récitant « Hrīḥ ! Depuis le majestueux palais de Grande Félicité à l’ouest… » avec une belle mélodie. Gurus, déités personnelles, bouddhas et bodhisattvas arrivent en foules et emplissent le ciel, puis se fondent dans le samaya-maṇḍala.
3. La requête aux déités de prendre place
Pour les Nobles qui voient la profonde vérité du réel, l’invitation et ainsi de suite ne sont que des imputations conventionnelles ; ils sont au-delà de tout cadre de référence en tant que phénomènes objectifs. En effet, pour le maṇḍala de la dharmatā – maṇḍala de sagesse compatissant et naturellement libérateur –, il n’y a ni venue, ni allée, ni demeure. Néanmoins, pour purifier les taches adventices de la dualité entre sujet saisissant et objet saisi (qui constituent ce qui doit être purifié à l’égard de l’élément de notre nature de bouddha), on demande aux êtres de samaya et aux êtres de sagesse – qui sont primordialement inséparables – de bien vouloir demeurer ici, inébranlablement. Faites-le en ayant une grande confiance dans leur sagesse et leur entière pureté.
4. Prosternation
Le Bienheureux, ou « Conquérant accompli[6] », a complètement conquis les obscurcissements émotionnels et cognitifs et accompli les deux puretés. Devant ce noble bouddha, personnification de la grande compassion, et devant toutes les déités qui l’accompagnent, je me prosterne symboliquement, en signe de réalisation de la sagesse spontanée et libre de confusion. Cette pratique fait penser au cas des dieux des « Plaisirs émanés », qui tirent parti des plaisirs qu’ils émanent eux-mêmes : elle transcende toute notion d’acceptation ou de rejet fondée sur l’idée que l’objet et l’agent de la prosternation sont bons ou mauvais. J’ai ici développé un peu le sens de la prosternation pour stimuler la confiance dans la réalisation du fait que déité et pratiquant sont identiques.
5. Offrandes
Disposez des offrandes matérielles en guise de support pour votre visualisation, puis, à l’instar du bodhisattva Samantabhadra en pleine concentration méditative, émanez mentalement des offrandes qui comprennent les cinq offrandes habituelles, les cinq déesses des plaisirs sensoriels (telles que la Dame adamantine de la Forme), toutes les richesses terrestres et tous les plaisirs des mondes des dieux et humains, [y compris] leurs parcs, leurs palais, leurs parures et leurs vêtements. Tout cela, nous l’offrons.
6. Offrandes spéciales
Les merveilleuses substances de samaya qui engendrent la sagesse de la grande félicité sont supérieures à celles des tantras inférieurs. Ce sont l’ambroisie médicinale à base des huit ingrédients majeurs et des mille ingrédients mineurs ; une grande variété de tormas ; le rakta au trente-cinq ingrédients qui purifie et inverse l’évolution du saṃsāra ; les plaisirs du gaṇacakra ; et la reine de vajra illusoire (appelée compagne de sagesse quand on donne à la cause le nom du résultat), qui est douée dans les arts et qui inspire la sagesse des quatre joies. Puis, on sollicite l’accomplissement authentique de la sagesse inconcevable de la quatrième initiation, laquelle est basée sur la sagesse de l’exemple relevant de la troisième initiation. [Cet accomplissement] transcende l’esprit ; en essence, c’est l’offrande du Mahāmudrā.
7. Offrande de louanges
Le dharmadhātu est la profonde et paisible immensité, au-delà de toute élaboration, que nous désignons conventionnellement comme le palais. Il ne relève pas de l’esprit conceptuel ordinaire. L’aspect de sagesse de présence naturelle spontanée irradie sous la forme du saṃbhogakāya pourvu des cinq certitudes et des sept aspects de l’union. [La louange dit en somme :] « Vous apparaissez sous cette forme maîtrisant un océan de marques majeures et mineures. Vous vous manifestez à nouveau dans un corps formel parfait à tous les égards, un grand trésor de compassion illimitée, infinie, pour tous les êtres. Je vous offre ici des louanges correspondant à vos qualités. »
Ainsi, Avalokiteśvara accomplit à jamais les activités éveillées des quatre incommensurables, guidant habilement tous les êtres sur le chemin de la libération et de l’omniscience. Avec la danse de ses émanations et de sa compassion, il apprivoise tout un chacun selon ses besoins et exerce ses activités éveillées, pouvant prendre miraculeusement diverses formes, comme les dames des quatre familles. Leurs types d’activités sont les suivantes : Tārā dispense la longévité ; Mārīcī soumet les forces obstructrices ; Kurukullā magnétise ; et Vasudhārā augmente les richesses. Nous offrons donc des louanges à ces quatre déesses émanées.
Avec une maîtrise totale des quatre activités éveillées (la pacification, l’enrichissement, la magnétisation et le courroux, ce déploiement de fureur qui soumet les forces trompeuses), les terribles portiers que sont les Hayagrīva des quatre familles accomplissent leurs activités éveillées, irrésistibles dans leur furie.
On adresse ainsi des louanges aux neuf déités principales et à l’entièreté du maṇḍala des déités, y compris un nombre inconcevable d’invités.
Le texte lui-même est sans équivoque pour ce qui est de la huitième section, consacrée à la récitation du mantra, à l’émission-réabsorption des rayons lumineux, et ainsi de suite.
Quant à la consécration des pilules qui libèrent par le goût, elle est décrite dans le commentaire appelé Les instructions visionnaires (« Pratri »)[7].
Le Dzogchenpa Rangjoung Dorjé a écrit ceci pour répondre aux requêtes pressantes, accompagnées de douze pièces d’argent, de Rintengpa, un moine pleinement ordonné du centre de Dharma de Gyangtsé Palkhor[8] qui considère cette déité comme la plus suprême et la plus extraordinaire.
| Traduit en français par Vincent Thibault (2026), avec le soutien de la Tsadra Foundation, sur la base de la traduction anglaise de Han Kop (2021, dans le cadre du Longchen Nyingtik Project, avec l’aimable assistance de Tulku Dawa et Khenpo Sonam Tsewang, et éditée par Ane Tsöndrü). Le traducteur vers l’anglais remerciait également Hans et Evelien van Zijp pour leur soutien continu.
Bibliographie
Éditions tibétaines
'jigs med gling pa mkhyen brtse 'od zer. "thugs rje chen po sdug bsngal rang grol gyi cho ga'i dka' 'grel dbyar gyi rnga gsang." In gsung 'bum/ 'jigs med gling pa/ sde dge par ma. 9 Vols. BDRC W27300. Gangtok, Sikkim : Pema Thinley for Dodrupchen Rinpoche, 1985. Vol. 7: 825–836.
______. "thugs rje chen po sdug bsngal rang grol gyi cho ga'i dka' 'grel dbyar gyi rnga gsang." In klong chen snying thig rtsa pod. 5 Vols. BDRC W1KG13585. Bodhnath, Kathmandu and Bodhgaya, Bihar: Shechen Publications, 1994. Vol. 2: 365–381.
Sources secondaires
Chos kyi rgya mtsho. dbus gtsang gnas yig. BDRC W27524. Chengdu: Si khron mi rigs dpe skrun khang, 2001. Pages 382–391.
Jigme Lingpa and Getse Mahapandita Tsewang Chokdrub, Deity, Mantra and Wisdom: Development Stage Meditation in Tibetan Buddhist Tantra, transl. Dharmachakra Translation Committee, Ithaca: Snow Lion, 2007
Version : 1.0-20260213
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« Le tambour de l’été » est une image pour parler du tonnerre. ↩
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Traduction interprétative dans laquelle nous avons inséré l’image du terreau, là où le texte dit plus littéralement qu’il faut « s’entraîner à ce qui est conforme (ou similaire) à la bodhicitta ». ↩
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Ce passage évoque le sens de Chenrézig (spyan ras gzigs), translittération tibétaine d’Avalokiteśvara. ↩
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Cité dans “Ladder to Akaniṣṭha”. Voir Deity, Mantra and Wisdom: Development Stage Meditation in Tibetan Buddhist Tantra, page 43. ↩
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Difficile de savoir pourquoi on liste seulement douze ornements après en avoir annoncé treize. ↩
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chomdendé (bcom ldan 'das), traduction tibétaine du terme sanskrit Bhagavān (lequel est régulièrement traduit en français par « Bienheureux »), est souvent commenté à la lumière de ses trois syllabes qui constituent trois unités de sens : « conquis » (bcom, prononcé « tchom »), « possédant » ou « accompli » (ldan, prononcé « dène »), et « transcendant » (‘das, prononcé « dé »). Ici, le terme est abrégé, de sorte que seules les deux premières unités sémantiques sont glosées. ↩
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Le commentaire appelé « Pratri » : Instructions visionnaires qui mettent à nu les instructions essentielles, relevant du Grand Compatissant appelé « Libération naturelle de la souffrance » (thugs rje chen po sdug bsngal rang grol las/ pra khrid dmar byang gnad yig). ↩
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Gyangtsé Palkhor (rgyang rtse dpal 'khor), un monastère du Tibet central. Katok Sitou Chökyi Gyatso (kaḥ thog si tu chos kyi rgya mtsho, 1880–1925) en offre une description dans son célèbre guide de pèlerinage du Tibet central. ↩
