Manuel de récitation pour la pratique de Dukngal Rangdrol
L’ornement de la sagesse des vidyādhara :
Un manuel de récitation pour la pratique du Grand Compatissant sous sa forme appelée « Libération naturelle de la souffrance » (Dukngal Rangdrol)
par Khenpo Péma Vajra
Namo ārya-lokeśvarāya !
Dans les champs des êtres à apprivoiser, aussi infinis que le ciel,
Tu fais tomber de bienfaisantes pluies de Dharma secret et profond
Issues du cumul des nuages des vainqueurs.
Je m’incline devant toi, Puissant Avalokiteśvara, Océan glaciaire[1] !
Avec dévotion, je rends hommage à l’omniscient Jigmé Lingpa,
Inséparable de Padmasambhava, seigneur des adeptes accomplis,
Et émanation illusoire du conquérant Lumière infinie[2].
Je te prie d’autoriser mes propos.
Je vais écrire ici un guide pour l’approche et l’accomplissement,
Une clarification des moyens de parvenir au siddhi suprême
Basée sur la voie rapide, à savoir le profond yoga en deux phases
Du suprêmement noble Dukngal Rangdrol, Libération naturelle de la souffrance.
On présente ici trois degrés d’approche et d’accomplissement pour un pratiquant ou une pratiquante qui a correctement reçu les quatre initiations du maṇḍala fondamental du suprêmement noble Dukngal Rangdrol et qui maintient les samaya[3] : 1) la pratique de la phase d’approche seule, du point de vue des pratiquants aspirants ; 2) la pratique de l’union des phases d’approche et d’accomplissement ; 3) la pratique des phases d’approche et d’accomplissement du point de vue des pratiquants matures.
I. Comment pratiquer la phase d’approche seule, du point de vue des pratiquants aspirants
Cette étape comprend trois parties : 1) les préliminaires ; 2) la partie principale ; 3) la conclusion.
1. Les préliminaires
Le sādhana racine dit :
Le meilleur environnement pour cette pratique est un lieu où la terre est blanche, lisse et régulière ; un endroit habité par des déités vouées à la vertu, et nullement dominé par les ennemis ou les esprits malveillants.
Un endroit convenable devrait posséder ces caractéristiques. Il devrait être dépourvu d’inconvénients externes ou internes et présenter toutes les conditions favorables. Réunissez tout le matériel nécessaire. Nettoyez le lieu où vous séjournez et disposez les représentations du corps, de la parole et de l’esprit éveillés. Les offrandes devraient être belles et attrayantes, de sorte qu’elles invitent au calme et inspirent les bénédictions. À l’extérieur, à l’air libre[4], présentez des offrandes aux huit classes en général et aux dieux locaux en particulier, par l’entremise des pratiques de la grande prière d’offrande du saṃsāra et du nirvāṇa, de l’Offrande aux huit classes[5], ou d’une offrande de fumée, de manière aussi élaborée ou concise que nécessaire, et demandez qu’on vous assiste dans votre pratique.
Ensuite, en ce qui concerne les forces entravantes, disposez à la porte une torma garnie avec de la viande, du sang, de l’ail, des oignons, etc. Avec la fierté d’être Hayagrīva, expulsez énergiquement les forces entravantes et fixez les limites. Imaginez qu’à partir de la roue protectrice de la tente de vajra, qui a la forme d’un œuf, d’immenses flammes de sagesse quinticolores jaillissent dans toutes les directions et effectuent l’expulsion des forces entravantes et l’établissement des limites, conformément au texte de pratique. Alors, accrochez au coin de la porte un petit papier blanc portant les mantras nominaux des Quatre Grands Rois et une requête. Invitez les Quatre Rois, procédez à la dissolution et confiez-leur l’activité éveillée.
À l’intérieur, mettez de l’herbe kuśa sous votre siège et dessinez un svastika (dans le sens horaire) avec des grains blancs, avant d’y ajouter votre coussin. Si vous possédez une statue ou une image peinte sur du tissu, placez-la au niveau des yeux. Devant cette représentation, installez un autel à deux niveaux. Sur le niveau supérieur, placez la torma principale du Grand Compatissant (produite selon les Clarifications sur les tormas d’offrandes[6]), le remède et le rakta, les tormas pour l’engagement et les déesses Tenma, et les offrandes régulières.
Si vous souhaitez insérer des dhāraṇī dans les tormas, consacrez du papier avec du parfum et écrivez-y, avec une encre rouge ou noire, « oṃ amitābha hrīḥ », le mantra en six syllabes, les mantras des quatre déesses et les mantras des Hayagrīva des quatre familles. Puis, écrivez le mantra du Trésor du ciel et « Nobles déités et votre entourage, veuillez m’accorder les accomplissements suprême et ordinaires. » Sur le côté, écrivez le mantra yé dharma une fois. Roulez le papier à partir du haut sans le renverser, nouez-le avec un tissu de soie blanche, et insérez-le dans un tube de bambou ou un cylindre en cuivre.
Sur le niveau inférieur de l’autel, alignez les offrandes régulières, à commencer par les deux offrandes d’eau. Cela suffit pour la phase d’approche ; il n’est pas nécessaire de préparer quoi que ce soit d’autre, tel qu’un maṇḍala. Comme le dit le texte racine :
Vous pouvez aussi vous en remettre à l’amṛta, au rakta et à la torma.
Ensuite, selon le temps dont vous disposez, purifiez-vous avec les pratiques préliminaires pendant autant de jours que possible. Le renoncement authentique est la fondation sur laquelle repose la voie de la libération ; donc, pour le développer, contemplez les quatre pensées qui détournent l’esprit du saṃsāra. La précieuse bodhicitta est la force vitale du Grand Véhicule ; donc, pour la cultiver, entraînez votre esprit aux quatre illimités. Quand vous êtes certain d’avoir maîtrisé ces éléments, appliquez les points clés de la prise de refuge, de la génération de la bodhicitta, des sept branches, et tout particulièrement des préliminaires du Vajrayāna : la purification des obscurcissements par la visualisation de Vajrasattva et la récitation de son mantra, la collection des deux accumulations par l’offrande de maṇḍala, et le guru-yoga, porte d’entrée des bénédictions.
Puis, invitez le champ des accumulations en récitant « Dans mon cœur se trouve la syllabe hūṃ ; des rayons de lumière en jaillissent et invitent notre puissant protecteur Avalokiteśvara, entouré de tous les objets de refuge des dix directions et des quatre temps, dans le ciel devant moi – vajra-samajaḥ ! » Visualisez le Seigneur Avalokiteśvara occupant la place centrale dans le champ d’accumulation ; les autres objets de refuge – Trois Joyaux, maîtres de la lignée, déités yidam, ḍākinī et protecteurs du Dharma – se réunissent tous également, comme des nuées. Puis, récitez :
Namo ! Dans la ronde interminable du saṃsāra (…)
Et :
Hoḥ ! Les six sortes d’êtres vivants – mes propres parents (…)
Et :
Hoḥ ! Devant toutes les sources de refuge du passé, du présent et du futur (…)
Puis, méditez sur Vajrasattva conformément aux préliminaires :
Āḥ ! Je suis sous mon aspect ordinaire. Au-dessus de ma tête (…)
Faites la pratique du guru-yoga, soit selon les préliminaires, soit en visualisant le maître sous l’aspect d’Avalokiteśvara, et invoquez sa sagesse avec la prière appelée La vision. Récitez le mantra en six syllabes à la façon d’une prière. À la fin des prières à la lignée, recevez les quatre initiations et mêlez votre esprit à l’esprit de sagesse du maître, conformément aux pratiques préliminaires. Cette façon de pratiquer est excellente, puisqu’elle fait aussi office de pratique extérieure du Grand Compatissant. Dans tous les cas, ce dont on a discuté jusqu’à présent constitue les pratiques préliminaires.
2. La partie principale
À partir du moment où vous avez entamé votre retraite et que vous en avez fixé les limites, minimisez les allées et venues, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, et évitez la distraction. Planifiez votre horaire en fonction de quatre séances quotidiennes[7]. Le premier jour, pendant la séance de l’aube, effectuez les préliminaires au complet. Puis, au début de la séance du matin, disposez les tormas pour les déités locales et les forces entravantes. Récitez la Prière en sept vers et les prières aux maîtres de la lignée, invitez le champ d’accumulation, récitez la prière de La vision, prenez refuge, engendrez la bodhicitta et effectuez des offrandes en sept branches, conformément au texte principal. Ensuite, bénissez la torma blanche et le « breuvage doré » (serkyem), présentez l’offrande aux huit classes et offrez la torma préliminaire selon le texte, en commençant par « Vidyādhara maîtres de la lignée… ». Puis, récitez :
oṃ hrīḥ padmāntakṛta vajrakrodha hayagrīva hulu hulu hūṃ phaṭ
Instantanément, je me transforme, prenant l’aspect du heruka Cheval Suprême, insoutenablement courroucé, d’une splendeur formidable, brûlant comme un feu apocalyptique.
Et :
Hrīḥ. Je prends l’aspect du « Puissant Lotus »,
Ce faisant, expulsez les forces entravantes et méditez sur le cercle de protection. Ensuite, à partir de la descente des bénédictions, accomplissez le rituel de la façon habituelle. Pour comprendre le sens de la phase de génération, consultez Le tonitruant tambour de l’été : Commentaire sur les points délicats. Après la louange, quand vous en arrivez à la récitation du mantra, ne vous préoccupez pas uniquement du nombre de mantras. Il importe de se concentrer initialement sur la claire apparence des déités, de se souvenir de la pureté, et d’engendrer la fierté. Comme le mentionne le Manuel de récitation de la Lignée orale des vidyādhara :
Pour dire les choses simplement, voir, entendre ou penser de manière ordinaire ne constitue pas une pratique d’approche. Il est dit :
Toutes les apparences sont parfaites en tant que mudrā de la forme éveillée ;
Tous les sons sont purifiés dans la grande félicité des mantras ;
Toutes les pensées sont mûries dans la claire lumière du dharmakāya[8].Dans notre tradition, ces trois principes de « purification, parachèvement et mûrissement » sont les thèmes centraux de la pratique de l’approche.
Au début, concentrez-vous uniquement sur la déité principale. Visualisez clairement tous les détails, du sommet de sa tête jusqu’au siège de lotus ; la couleur de son corps ; ses ornements et parures ; le blanc et le noir de ses yeux ; l’ornementation sur ses mains et ses pieds ; les marques majeures et mineures ; et l’émission-réabsorption de rayons lumineux. La déité ne devrait pas sembler plate comme une thangka, ni robuste et solide comme une statue d’argile, ni même inanimée comme un arc-en-ciel. Son corps est composé d’une lumière subtile, qui n’a ni avant ni arrière, ni gauche ni droite, ni épaisseur ni profondeur, et qui ne comporte aucun organe interne. Entraînez-vous à penser que la déité est bien présente, personnifiant l’amour, le pouvoir et la sagesse de l’omniscience. Une fois que vous vous êtes concentré sur la déité principale, visualisez aussi, graduellement, Amitābha le Seigneur des Familles avec l’accoutrement des nirmāṇakāya, les déesses des quatre familles, et les Hayagrīva des quatre familles. Visualisez-les chacun clairement. Ensuite, ajoutez graduellement le palais, l’environnement du pur royaume et le cercle de protection. Concentrez-vous tantôt sur l’ensemble, tantôt sur des aspects individuels. Exercez-vous de sorte que l’intégralité du maṇḍala du palais et des déités vous viennent clairement à l’esprit. C’est ce qu’on appelle la pure apparence.
Tandis que vous visualisez tout cela clairement, ne vous y cramponnez pas comme si c’était réel et pourvu de caractéristiques indépendantes. Ultimement, le maṇḍala de la sagesse naturellement présente est dépourvu d’élaborations conceptuelles, qu’il s’agisse des visages, des mains, des couleurs, des formes… Néanmoins, symboliquement, le fait que la déité semble dotée d’une forme pourvue d’un visage, de mains, de couleurs et ainsi de suite, est un moyen d’illustrer, dans la perception des êtres à guider, les qualités naturellement présentes des bouddhas.
- Son visage unique symbolise la sagesse qui émerge naturellement.
- Ses quatre mains représentent les quatre incommensurables et les quatre façons d’attirer des disciples.
- Ses deux pieds symbolisent les moyens habiles et la sagesse, ou la discipline et la concentration.
- Ses cinq soieries représentent les cinq agrégats immaculés.
- Les sept bijoux représentent les sept aspects de l’éveil.
- Le blanc de son corps montre qu’il s’est débarrassé des taches des deux obscurcissements.
- La présence des parfaits bouddhas au-dessus de sa tête montre qu’il est le bouddha absolu.
- Sa posture debout symbolise le fait qu’il ne manque jamais d’apporter des bienfaits aux êtres…
et ainsi de suite.
Une fois que vous savez ce qu’indiquent tous ces aspects, vous pouvez vous exercer au déploiement illusoire des apparences et de la vacuité – le fait que, bien que la déité apparaisse en rūpakāya, elle ne s’écarte en réalité jamais du dharmakāya. C’est ce qu’on appelle le rappel de la pureté.
La base de purification est la naissance, la mort et l’état intermédiaire, de même que le corps, la parole et l’esprit subtils. Le résultat de la purification est la conviction que tout se ramène depuis toujours aux trois vajras et au triple kāya des vainqueurs. Les agents purifiants, qui délogent les obscurcissements adventices, sont les trois concentrations et les trois clartés. Intégrez-les continuellement à la voie et scellez les apparences, les sons et la présence éveillée en tant que déploiement de la déité, du mantra et de la sagesse. C’est ce qu’on appelle la fierté stable.
Ce sont là les composantes importantes de l’approche dans le cadre de la pratique principale de la phase de génération. Des quatre clous qui fixent la force vitale, on parle ici de la branche de la phase d’approche appelée « clou de la concentration », qui est extrêmement importante. Ainsi, concentrez-vous surtout sur la visualisation de la déité, en reposant dans l’équilibre méditatif aussi longtemps que vous le pouvez. Puis, entamez la récitation :
Je suis le Grand Compatissant. Dans mon cœur (…)
Récitez la visualisation pour la récitation du mantra. Commencez par une récitation silencieuse, et poursuivez avec une récitation mentale, puis verbale.
Au cœur de la déité, dans l’écrin formé par le soleil et la lune, se trouve sur un disque lunaire la syllabe hrīḥ. Elle est entourée du mantra en sept syllabes, comme une guirlande de perles, d’un blanc étincelant. Concentrez-vous entièrement sur cet aspect. Pratiquez le prāṇāyāma et retenez doucement votre souffle avec la respiration intermédiaire. Pratiquez-le de façon équilibrée – ni trop fortement, ni trop doucement, et sans endommager vos éléments. Quand vous expirez, la syllabe hrīḥ et la guirlande mantrique émettent des rayons de lumière quinticolore, comme des fils de laine étirés, qui jaillissent de vos deux narines. Ils purifient les apparences et l’existence, les transformant en pur maṇḍala. Quand vous inspirez, le monde extérieur et les êtres qui l’habitent se dissolvent entièrement et se transforment en lumière quinticolore qui entre dans vos deux narines et se fondent dans la guirlande mantrique et la syllabe hrīḥ. Quand vous retenez votre souffle en pratiquant la respiration intermédiaire, exercez-vous à mêler indivisiblement la présence éveillée et la guirlande mantrique : c’est la récitation silencieuse. Puis, concentrez-vous sur les sons qui résonnent naturellement de la guirlande et sur la récitation mentale du mantra en sept syllabes, sans omettre ni ajouter quoi que ce soit.
Ensuite, pratiquez la récitation verbale. Abstenez-vous des fautes typiques de la récitation de mantras – réciter trop fort ou trop doucement, trop vite ou trop lentement, ou interrompre les mantras avec des paroles ordinaires. Récitez le mantra correctement et clairement, en produisant un joli son. Ce faisant, des rayons émergent de la guirlande située au niveau de votre cœur ; ils jaillissent de votre uṣṇīṣa, de la touffe de cheveux (ūrṇā) entre vos sourcils, de votre langue, du glorieux nœud à votre cœur, des pores de votre corps… Ils remplissent le trichiliocosme, qui représente tous les mondes dans les dix directions. D’innombrables bodhisattvas sous l’aspect de jeunes hommes et femmes émergent de l’extrémité de chaque rayon lumineux. Ils apportent des pluies et nuées d’offrandes, de fleurs et d’eaux parfumées, et ils chantent des louanges. Ils présentent ainsi des offrandes à tous les bouddhas et bodhisattvas, font leur éloge et les implorent d’agir pour le bien des êtres. En guise de réponse, tous les bouddhas et bodhisattvas apparaissent comme des émanations du Noble, grandes et petites, et sous diverses manifestations, telles que celles à mille bras et mille yeux, ou à un visage et quatre bras, ou encore, sous la forme de Khasarpaṇi. À partir de toutes sortes de points sur leur corps (par exemple, leur nombril, leur lieu secret, leurs deux hanches, leurs genoux, et les roues à mille rayons sous leurs pieds), des formes éveillées, des rayons lumineux et des mantras résonnant naturellement émanent et remplissent entièrement tous les mondes de l’univers. Ils purifient le karma, les émotions négatives, les perceptions confuses et les tendances habituelles de tous les êtres des six classes et des trois mondes, comme du givre touché par les rayons du soleil. Pensez que tous les êtres se transforment, adoptant la forme du Noble [Dukngal Rangdrol] et faisant naturellement résonner le mantra en six syllabes, à l’instar du bourdonnement d’une ruche.
Les rayons lumineux reviennent, porteurs de toutes les qualités de sagesse, d’amour et de pouvoir des vainqueurs et de leurs héritiers. Le monde entier et ses habitants, visualisés comme un pur maṇḍala, se fondent en formes éveillées, en syllabes racines, en accessoires sacrés et en rayons lumineux. Ils pénètrent alors les pores des corps des déités du maṇḍala principal et de la déité centrale, pour se fondre dans le hrīḥ, radieuse syllabe de la force vitale en leur cœur. Tous les concepts qui impliquent un attachement au saṃsāra ou au nirvāṇa, ou à soi et à autrui, se fondent alors indivisiblement, en un goût unique, avec la sagesse primordiale de la présence éveillée.
Notons que le processus de familiarisation avec le point crucial qui consiste à combiner ainsi vue, apparence et réalité couvre l’essentiel de la branche de la phase d’approche intime (le « clou » du mantra), la branche de l’accomplissement (le « clou » de l’esprit de sagesse immuable) et la branche du grand accomplissement (le « clou » de l’émanation-réabsorption). Les quatre clous qui fixent la force vitale[9] couvrent donc les points les plus essentiels de la partie principale de la phase d’approche.
D’aucuns se demanderont pourquoi il est ici question de l’accomplissement et du grand accomplissement, dans cette section consacrée à la seule pratique de la phase d’approche. En fait, en général, les « quatre branches de l’approche et de l’accomplissement » peuvent être interprétées différemment, selon le cas. Par exemple, il y a :
- les quatre branches de l’approche et de l’accomplissement qui présentent les niveaux de réalisation ;
- les quatre branches de l’approche et de l’accomplissement au moment de l’union ;
- les quatre branches de l’approche et de l’accomplissement au moment de la pratique ;
- les quatre branches de l’approche et de l’accomplissement en tant que cadre de référence résumant la phase de génération ;
- les quatre branches de l’approche et de l’accomplissement en tant que cadre de référence résumant la phase de perfection ;
- les quatre branches de l’approche et de l’accomplissement en tant que cadre de référence résumant les deux phases, génération et perfection.
Il est ici question des quatre branches de l’approche et de l’accomplissement au moment de la pratique. On peut encore diviser ces dernières de façon à obtenir quatre branches d’approche et quatre branches d’accomplissement. Les quatre branches expliquées ici, disions-nous, sont celles qui concernent le moment de la pratique : ce sont l’approche de l’approche, l’approche intime de l’approche, l’accomplissement de l’approche, et le grand accomplissement de l’approche. Une fois qu’on comprend ce principe, on peut facilement comprendre l’ensemble de ce système de classement et distinguer les nuances.
De plus, vous devez tout d’abord visualiser clairement l’apparence de la déité, puis visualiser clairement la guirlande du mantra, et enfin l’activité d’émanation et de réabsorption. Il est crucial de ne pas vous lancer dans les phases subséquentes tant que vous n’avez pas acquis une certaine stabilité dans la claire apparence des phases précédentes.
Quand vous concluez une séance, récitez les voyelles et consonnes, le mantra en cent syllabes et la dhāraṇī ye dharmā trois fois pour compenser toute omission ou tout ajout pendant la récitation de l’approche. Puis, faites l’offrande et la louange, recevez les siddhis et confessez-vous. Pour actualiser la dissolution, vous pouvez reprendre les mots du texte de l’Assemblée des vidyādhara ou d’une autre pratique, selon ce qui semble convenable. Ne manquez jamais de dissoudre l’apparence de la déité dans la luminosité et de demeurer aussi longtemps que possible en méditation : c’est là le point crucial de la pratique purifiant le bardo de la mort en dharmakāya.
Quand vous émergez d’un tel état, par le biais de la récitation d’un seul mantra en six syllabes en guise de condition, adoptez entre les séances le kāya illusoire d’Avalokiteśvara sous la forme de Khasarpaṇi. Bénissez vos trois centres, protégez votre corps en « endossant l’armure » et visualisez le cercle de protection. Puis, récitez des prières de dédicace, d’aspiration et de bon augure.
Entre les séances, que vous soyez en train de vous mouvoir, de vous reposer, de manger ou de marcher, tout en ne vous séparant jamais de la fierté d’être le Seigneur Avalokiteśvara, purifiez les mondes, transformez les plaisirs sensoriels en offrandes de festin, mûrissez l’esprit des êtres, et ainsi de suite. Quelle que soit la méthode, ne retombez pas dans une perception ordinaire de votre corps, de votre parole et de votre esprit.
Pendant la séance de l’après-midi, invitez le champ d’accumulation, comme précédemment. En commençant par les prières, la prise de refuge et la génération de la bodhicitta, récitez tout, jusqu’aux prières de dédicace, d’aspiration et de bon augure. La seule différence est que pendant l’expulsion des forces entravantes, vous devriez omettre la ligne « Acceptez cette offrande de torma faite de plaisirs sensoriels » si vous n’avez pas de torma.
Certains manuels de récitation disent que pendant la séance de l’après-midi, vous pouvez omettre les sections consacrées à l’expulsion des forces entravantes et au cercle de protection et commencer par la bénédiction des offrandes ; certains manuels affirment aussi que vous pouvez également vous passer de la dissolution à la fin de cette séance, ou qu’elle est seulement nécessaire lors de la séance du soir. Cependant, les inclure est une excellente chose, et ce, pour trois raisons. Premièrement, pendant la phase d’approche, les rituels de la phase de génération contiennent les instructions complètes pour l’entraînement de l’esprit axé sur la purification de la naissance, de la mort et des bardos. Deuxièmement, cela permet d’expulser les mauvais esprits nyoulé associés à différentes périodes de la journée. Enfin, cela permet de se protéger des obstacles.
Quant à la séance du soir, faites-la de la même façon que les autres, mais ajoutez l’offrande de festin et de comblement et dédiez les tormas de manière aussi élaborée ou concise que nécessaire. En général, le bon moment pour présenter des offrandes de festin et de comblement, c’est le soir ou la nuit. Toutefois, s’il est plus commode de le faire l’après-midi parce que vous voyez alors mieux ce que vous faites, ce n’est pas fautif.
Dans tous les cas, après la séance du soir, allez dormir tout en pratiquant le yoga du sommeil. Pour ce faire, mettez en pratique les instructions qui conviennent, tel que se concentrer sur la force vitale de la forme de la déité pendant la post-méditation, se fondre dans la dharmatā par la dissolution, ou reconnaître la luminosité de l’état de rêve.
Avant la séance de l’aube, imaginez que vous êtes réveillé par des vīra et yoginī qui apparaissent dans le ciel et font résonner de petites cloches et des ḍāmaru. Par leurs chants, ils vous pressent d’émerger de la luminosité en tant que rūpakāya. Adoptez la forme post-méditative de la déité et accomplissez les pratiques préliminaires, à commencer par l’appel au lama de loin. Poursuivez jusqu’à recevoir les quatre initiations de la section du guru-yoga. Puis, faites la séance de l’aube, comme d’habitude. Si vous avez une offrande de torma quotidienne pour les déités locales et les forces entravantes, offrez-la au début de la séance du matin. Néanmoins, il n’est pas fautif de l’omettre.
Ceci conclut notre discussion de tout ce qu’il faut faire au cours d’une journée entière. Continuez de la même manière jusqu’à avoir complété la récitation de l’approche.
Il y a trois façons de calculer les récitations pour la phase d’approche : numériquement, en fonction de la durée, ou en fonction des signes. Comme le dit le sādhana racine :
Si vous calculez la phase d’approche numériquement, récitez dix millions de mantras.
Si vous la calculez plutôt en fonction de la durée, multipliez le temps requis par quatre[10].
Enfin, la phase d’approche basée sur les signes dépend naturellement des signes qui surviennent.
À la fin de chaque séance, vous devriez réciter quelques mantras des déités féminines associées aux quatre activités éveillées. Comprenez qu’il s’agit là d’un aspect de la pratique de la déité principale.
Ceci conclut la partie principale.
3. La conclusion
La veille du jour où vous comptez conclure votre retraite, au début de la séance de l’après-midi, présentez une nouvelle offrande de torma et assurez-vous que les offrandes de festin et les autres substances d’offrandes sont d’excellente qualité et joliment agencées. Accomplissez le festin, la confession, le comblement, etc., de façon élaborée.
Le lendemain, pendant la séance de l’aube, accomplissez le rituel comme d’habitude, de même que les pratiques de festin et de comblement. Dédiez la torma pour l’engagement, les déesses Tenma et la danse [d’Hayagrīva]. Offrez les tormas régulières dans un feu ou amenez-les à un endroit propre. Quand vient le temps de recevoir les siddhis, rafraîchissez les offrandes et préparez un kapāla rempli d’alcool et de médecine dharmique et scellé avec du beurre, devant vous. Allumez les lampes d’offrandes régulières, dédiez une torma aux forces entravantes, expulsez-les, et visualisez le cercle de protection. Bénissez les offrandes et procédez à la descente des bénédictions. Puis, imaginez que tous les accomplissements du corps, de la parole et de l’esprit éveillés des vainqueurs et de leurs héritiers se réunissent dans les trois syllabes. Comme une pluie qui tombe, un amṛta blanc, rouge et bleu vient se dissoudre dans la torma et l’amṛta. Ajoutez « kāya vāka citta sarva siddhi phala hūṃ » à la fin du mantra d’approche de la déité principale et de son cortège, et récitez ce mantra combiné autant que vous le pouvez. Puis, visualisez que les anciennes tormas d’offrandes se transforment instantanément en les déités, et faites des offrandes et des louanges. Confessez-vous avec La confession ultime et inexprimable ou avec la section du texte principal qui commence par :
Dans ce maṇḍala du Grand Compatissant (…)
Ensuite, récitez le mantra en cent syllabes vingt et une fois. Puis, récitez La vision et invoquez les accomplissements à l’aide de la section qui commence par :
Hoḥ. Déités du maṇḍala du Grand Compatissant (…)
Touchez vos trois centres avec la torma et recevez les quatre initiations. Puis, considérez que la déité de la torma se fond en lumière et se transforme en amṛta. Prenez un peu d’amṛta pour en faire tomber quelques gouttes sur les substances de torma et buvez-en un peu.
À ce stade, pour parachever la récitation de la phase d’approche, accomplissez un jinsek. Adaptez le texte du jinsek paisible des vidyādhara[11] et offrez uniquement les substances avec le mantra d’approche principal. À la fin, lorsque vous récitez la prière pour l’accomplissement des souhaits, la seule différence va comme suit :
« Puissent toutes nos erreurs – manque de clarté pendant le samādhi, maladresses dans l’accomplissement du rituel, erreurs dans la récitation des mantras ou dans l’exécution des mudrā, ajouts ou omissions, et cetera – et toute forme de confusion être lavées et purifiées ! »
Ainsi, accomplissez le jinsek en récitant le mantra des substances (le nombre de ces mantras devrait correspondre au dixième des récitations effectuées pour la phase d’approche). Suivez les étapes de dissolution comme précédemment, puis levez la limite intérieure.
Puis, pendant trois ou sept jours, selon ce qui convient, poursuivez vos séances sans interruption et, par gratitude, présentez des offrandes de festin et de comblement. Récitez des prières de dédicace et d’aspiration au mieux de vos capacités. Quand vous levez la limite extérieure, prenez l’aspect de la déité post-méditative et protégez votre corps en endossant l’armure. Puis, allez aux portes et placez une torma blanche et un breuvage doré devant chacun des autels des Grands Rois. Faites l’offrande, demandez-leur d’accomplir leurs activités et invitez-les à se retirer.
Dehors, à un endroit dépourvu d’abri, célébrez en faisant une offrande aux déités locales générales et spécifiques et aux détenteurs des terres, par l’entremise d’une offrande de fumée (sang) et ainsi de suite, de même qu’en offrant de la nourriture aux mendiants.
Voilà qui conclut l’explication de la façon de pratiquer la phase d’approche seule.
II. Une brève explication de la façon de pratiquer l’union des phases d’approche et d’accomplissement
1. Les préparatifs
Le texte racine dit :
Sur un maṇḍala parfaitement disposé, d’une largeur équivalente à la longueur d’une flèche, placez les substances d’accomplissement conformément aux Instructions visionnaires[12].
Et :
Pour connaître les substances d’accomplissement – telle que la pierre du principe vital et le chakra de la force vitale – et les points clés de la visualisation, remettez-vous-en exclusivement au « Commentaire qui met à nu les instructions essentielles ».
Donc, suivez les Instructions visionnaires qui mettent à nu les instructions essentielles, dans lesquelles on trouve le passage suivant :
Il y a cinq chapitres : les substances d’accomplissement, la pierre du principe vital et le chakra de la force vitale,
Le rituel du maṇḍala, les points essentiels [de la visualisation] et la conclusion.
Le troisième chapitre, consacré au rituel du maṇḍala, dit :
En commençant par le rituel de la terre,
Suivez le cadre général du grand accomplissement.
Cela signifie que vous devez suivre Une précieuse cassette : Cadre général d’accomplissement pour l’Assemblée des Grands Glorieux[13]. Dans le cas d’une pratique de déités paisibles, on omet la pratique de la limite secrète et la libération de Matram Rudra. Mais si vous utilisez la pratique secrète de l’Assemblée d’Hayagrīva, la libération de Matram Rudra s’applique bel et bien. De plus, pendant la pratique de la limite interne, on adopte la fierté d’être le déploiement d’Hayagrīva. Tracez les lignes et les points [du maṇḍala] conformément aux Instructions visionnaires. Vous devriez aussi connaître les matières spécifiques à agencer pour la pratique du Grand Compatissant, telles que les substances d’accomplissement et d’initiation.
2. La partie principale
Celle-ci inclut l’approche, l’accomplissement et la mise en œuvre des activités.
1. L’approche
Dans les Instructions visionnaires, on lit :
Quand vous pratiquez selon le manuel d’activité principal,
Visualisez que vous, le maṇḍala et les représentations pour l’accomplissement
Ne font qu’un, indivisiblement,
Jusqu’à ce que vous ayez récité dix millions de mantras d’approche.
Grâce à la méditation, les signes de la chaleur de l’accomplissement ne tarderont pas.
Donc, pratiquez tout en visualisant que le maṇḍala personnel et celui devant vous ne font qu’un.
2. L’accomplissement
Suivez l’instruction qui commence ainsi :
Pour séparer l’auto-visualisation et la visualisation frontale, divisez la demeure de la récitation[14].
À la fin de la louange, dites :
bhrūṃ viśva vishuddhe phaṭ jaḥ
Ce faisant, le jñāna-maṇḍala de la visualisation frontale se sépare du samaya-maṇḍala de l’auto-visualisation et apparaît dans l’espace devant vous, les montagnes de feu des deux maṇḍala s’effleurant. Concentrez-vous sur le vase et suivez les instructions :
Visualisez le palais des déités dans le vase (…)
Jusqu’à :
(…) Dans un état au-delà de l’accroissement et de la diminution[15], effectuez la récitation.
En y voyant le mantra universel, récitez le mantra essentiel en sept syllabes.
Lorsque vous êtes à mi-chemin dans le nombre de jours que vous planifiez consacrer à la pratique, accomplissez les quatre activités spéciales avec les points clés des visualisations qui s’y rapportent, conformément aux Instructions visionnaires et au sādhana racine. On consultera le Cadre général d’accomplissement pour les détails sur les actions à prendre à ce stade (telles que l’expulsion des nyoulé), la descente des bénédictions, la division de la pratique en quatre séances et la façon de présenter les offrandes de festin et de comblement.
3. La mise en œuvre des activités
Dans les Instructions visionnaires, on consultera le passage allant de :
Les activités de clôture :
Quand les signes se manifestent, recevez les siddhis
Et faites des offrandes de gratitude (…)
À :
(…) est la plus excellente de toutes les méthodes de rajeunissement[16].
Assurez-vous de l’effectuer parfaitement. Recevoir les siddhis est pour notre propre bien, tandis que l’octroi d’initiations et les offrandes de jinsek sont pour le bien des autres. La façon de procéder peut se comprendre à la lumière de la troisième section du cadre général, consacrée à la réception des siddhis.
3. Les activités de clôture qui assurent les accomplissements
Selon les Instructions visionnaires :
Les activités de clôture suivant les accomplissements
Devraient être effectuées comme à l’accoutumée.
Samaya.
Cela signifie que vous devriez suivre uniquement les instructions pour les activités de clôture spéciales telles qu’elles se trouvent dans le cadre général.
Voilà qui conclut cette brève explication de la façon de pratiquer l’union des phases d’approche et d’accomplissement.
III. Une explication de la façon de pratiquer les phases d’approche et d’accomplissement du point de vue des pratiquants matures
Les instructions orales préservées dans le Manuel de récitation des vidyādhara expliquent comment effectuer l’approche et l’accomplissement :
En cette vie même, vous vous éveillerez pleinement dans l’espace absolu des cinq kāya en parachevant les étapes de l’accomplissement – les cinq voies mentionnées dans les sūtra et les quatre niveaux des vidyādhara listés dans les tantras… Ces détails, il faut les comprendre à la lumière des instructions du maître de vajra.
Un aperçu des points cruciaux : Le manuel du vidyādhara contenant les instructions cachées explique le sens de ce qui précède. Voir le passage allant de :
Voici l’instruction cachée sur la façon d’atteindre alors le résultat.
L’explication qui suit contient des points spéciaux en accord avec les tantras quant à la façon d’accéder aux niveaux de sagesse des vidyādhara tout en demeurant dans un corps ordinaire (…)
Jusqu’à :
(…) les apparences du grand saṃbhogakāya se manifestent. Samaya !
Comme ce texte l’indique, on commence par recevoir les initiations dans leur entièreté de la part d’un maître de vajra. Puis, on passe progressivement par les cinq expériences du mouvement, de l’atteinte, de la familiarisation, de la stabilité et de l’apogée, basées sur la phase de génération combinée à la récitation adamantine. Ce faisant, on crée les circonstances interdépendantes pour se défaire de ce dont il faut se départir et réaliser ce qu’il faut réaliser, jusqu’au septième bhūmi, appelé l’Éloigné. Dans notre propre perception, les apparences des déités se manifestent continuellement et l’on acquiert la confiance d’un vidyādhara maîtrisant la vie. Alors :
À partir de là, les étapes restantes sont atteintes au moyen de la suprême voie de l’anuyoga, comme dans le tantra mère, Le Joyau magique de la lignée orale.
Comme l’indique ce texte, on suit alors les instructions sur la pratique de la chaleur intérieure conformément au Parchemin de la lignée orale[17]. Il faut s’entraîner à la pratique du messager de la voie de la méthode conformément à La clarification du sens caché[18]. Puis, quand on atteint la chaleur et que l’esprit et les « vents » énergétiques deviennent malléables, on effectue les pratiques de tsok en groupe, à l’occasion desquelles les facteurs spéciaux (lieu, moment, compagnons et substances) sont tous réunis. Pratiquez dans l’union de l’approche et de l’accomplissement et maintenez la conduite intime conformément à ce qui a été expliqué. La dernière nuit, grâce à l’union de la profonde initiation, vous atteindrez la voie de la vision selon le véhicule des mantras. Vous parviendrez alors au niveau d’un vidyādhara maître de la longévité. C’est identique au huitième bhūmi du système des sūtra, appelé l’Immuable.
Puis, en empruntant la voie de la Grande Perfection, sans effort ni fatigue, vous traverserez entièrement les deux derniers bhūmi, qui sont compris dans le niveau du vidyādhara du mahāmudrā, et vous vous éveillerez à la bouddhéité complète et parfaite au sein de la précieuse sphère des cinq kāya spontanément présents au niveau d’un grand vidyādhara spontanément accompli. Les détails se trouvent dans d’autres références.
Voilà qui conclut cette brève explication des étapes de l’approche et de l’accomplissement axés sur la pratique du Grand Compatissant, Libération naturelle de la souffrance.
Cette voie sur laquelle on pratique les phases de génération et d’achèvement des tantras du grand secret,
Et qui mène jusqu’au niveau d’un puissant Vajradhara,
Ne peut être traversée correctement
Qu’au moyen des quatre branches de l’approche et de l’accomplissement.
Fidèle aux instructions essentielles des gurus qui ont réalisé le sens des tantras,
J’ai examiné ce sādhana, y compris ses pratiques complémentaires,
Et j’ai couché par écrit mes conclusions
Dans ce texte que j’ose qualifier d’ornement de la sagesse des vidyādhara.
Je confesse devant les foules de protecteurs du guru Suprêmement Noble
Toute explication erronée relevant de mon propre manque de réalisation.
Puisse le mérite de cette initiative devenir une cause contribuant à ce que tous les êtres
Actualisent le niveau du Seigneur Avalokiteśvara.
Écrit par Péma Vajra, le plus lamentable des disciples du Dzogchenpa de Dokham[19], à l’ermitage isolé de Samten Gatsal, à la demande du yogi caché Upāsaka Lékong, un moine bouddhiste appelé Tsültrim Gocha. Que la vertu et l’excellence abondent ! Sarva śubhaṃ ! Vertu !
| Traduit en français par Vincent Thibault (2026), avec le soutien du Longchen Nyingtik Project et de la Tsadra Foundation, sur la base de la traduction anglaise de Han Kop (relue par Matthias Staber et éditée par Barry Cohen, 2022, dans le cadre du Longchen Nyingtik Project).
Bibliographie
Édition tibétaine
pad+ma badz+ra. "thugs rje chen po sdug bsngal rang grol gyi bsnyen yig rig pa 'dzin pa’i dgongs rgyan" In mkhan chen pad+ma badz+ra’i gsung 'bum. 2 vols. Lhasa: Bod ljongs bod yig dpe rnying dpe skrun khang, 2011. Vol. 2: 31–48.
Version : 1.0–20260521
Notes
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Océan glaciaire (gangs can mtsho) est une épithète des bouddhas des cinq familles dans la tradition Nyingma. On dit que les océans formés à partir de l’eau de fonte proviennent de l’eau parfumée qui émane des pores des bouddhas et engendrent ensuite tous les systèmes de mondes. ↩
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En sanskrit : Amitābha. ↩
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Règle générale, recevoir une transmission par la lecture (loung, encore appelée « transmission orale ») est un prérequis pour accéder à tout texte tantrique. Cependant, la transmission orale du présent texte est extrêmement rare – si elle existe toujours. Khenchen Péma Shérab note que, puisque ce texte s’accorde avec le commentaire abrégé de Khyentsé Wangpo, qui se trouve quant à lui dans le Nyingtik Tsapö (« Les textes centraux de l’Essence du cœur »), pour lequel une transmission orale existe toujours, on peut considérer que le présent commentaire en est une clarification supplémentaire, particulièrement utile pour comprendre comment pratiquer dans un contexte de retraite. ↩
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Le texte parle littéralement d’une aire ouverte, « sans toit » (bla gab med pa’i sa). ↩
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Il s’agit peut-être d’une référence à l’Offrande réparatrice aux huit classes, de Noubchen Sangyé Yéshé. Voir https://www.lotsawahouse.org/tibetan-masters/nubchen-sangye-yeshe/eight-classes-offering. ↩
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Quelques clarifications sur les tormas d’offrandes selon l’Essence du cœur de l’immensité (klong chen snying thig gi gtor ma’i reg zig gsal ba), Tsapö, vol. 3, pp. 601–606. ↩
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Les séances de l’aube, du matin, de l’après-midi et du soir. ↩
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Extrait de la prière de bon augure à la fin de la pratique de Rigdzin Düpa. ↩
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Rappelons que le « clou » de la concentration est mentionné quelques paragraphes plus haut. ↩
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Autrement dit, il faut multiplier par quatre le temps normalement requis pour la phase d’approche fondée sur les nombres. Si, par exemple, il faut quatre mois pour compléter un certain nombre de récitations, il faut y consacrer seize mois si l’on suit plutôt la méthode basée sur la durée. ↩
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Flammes de sagesse : Un jinsek paisible pour les pratiques des vidyādhara paisibles et courroucés (rig ’dzin zhi drag gi sgo nas/ zhi ba’i sbyin sreg ye shes me lce). ↩
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Le commentaire appelé « Pratri » : Instructions visionnaires qui mettent à nu les instructions essentielles, relevant du Grand Compatissant appelé « Libération naturelle de la souffrance » (thugs rje chen po sdug bsngal rang grol las/ pra khrid dmar byang gnad yig). ↩
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Une précieuse cassette : Cadre général d’accomplissement pour l’Assemblée océanique des Grands Glorieux (Palchen Düpa) (dpal chen bka’ ’dus rgya mtsho las/ sgrub pa’i khog ’bubs rin po che’i za ma tog). ↩
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dzab khang. ↩
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gsal ’grib med pa’i ngang. ↩
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bcud len. ↩
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Un joyau qui exauce les souhaits : Le parchemin de la lignée orale pour la phase de perfection de la félicité-vacuité basée sur le praṇa, issue de l’Essence du cœur de l’immensité (klong chen nying gi tig le las bde stong rlung gi rdzogs rim snyan rgyud shog dril yid bzhin nor bu). ↩
-
La clarification du sens caché des exercices yogiques des vidyādhara, dans le cadre de l’Essence du cœur de l’immensité (klong chen nying gi tig le las rig ’dzin ’khrul ’khor sbas don gsal ba). ↩
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Mingyour Namkhai Dorjé, le quatrième Dzogchen Rinpoché. Voir https://treasuryoflives.org/biographies/view/Dzogchen-Drubwang–04-Mingyur-Namkai-Dorje/3020. ↩
